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d’une explosion, sont donnés à toute la garnison. Bobillot ouvre deux contre-galeries. Le 11, les mineurs chinois et français sont face à face, le Chinois blesse le légionnaire Maury d’un coup de revolver, mais Bobillot comble l’ouverture et monde la mine. Le 12, une première mine éclate sans faire écrouler le mur, la brèche n’est pas praticable. Le 13, à trois heures du matin, nouvelle explosion : le saillant sud-ouest saute ; on court aux armes, un feu terrible s’engage sur la broche, puis, dans l’obscurité, on se hâte d’élever un retranchement quelconque. Nos pertes sont graves, et l’un de nos morts, précipité par l’explosion, gît, sur le dos, à 10 mètres de l’autre côté du rempart. Le caporal Beulin demande l’autorisation d’aller le chercher ; elle lui est accordée. Alors, tandis que le mur se garnit d’une poignée d’hommes qui ouvrent un feu violent sur la tranchée chinoise, Beulin, aidé de quatre légionnaires de bonne volonté, sort, ramasse le corps et rentre, avec son lugubre trophée, devant les Chinois stupéfaits de cet héroïsme, acclamé de tous les défenseurs de Tuyen-Quan.

Cependant, du sud à l’ouest, les galeries de mine se multiplient ; le but des Chinois ne s’explique que trop, ils veulent détruire à la fois le rempart sur une longue étendue. Dominé décide d’y répondre par la construction d’une deuxième citadelle, avant que l’enceinte de la première n’ait disparu. En cette imminence de péril, personne ne self raie de la grandeur du plan, soixante légionnaires travaillent jour et nuit, le réduit s’élève.

Les événemens se précipitent. Le 17, le capitaine Dia, des tirailleurs tonkinois, est tué. Le 18, Bobillot est blessé. L’on sent que le dénouement est proche. Le 22 février, à six heures du matin, trois mines sautent, une portion de 60 mètres de mur s’écroule. Le capitaine Moulinay s’élance pour garnir la brèche que les Chinois franchissent, lorsqu’une nouvelle explosion se produit. Le capitaine et douze hommes sont tués, le sous-lieutenant Vincent et vingt-cinq hommes blessés. Les assauts se succèdent furieux ; l’ennemi attaque en même temps par le nord ; toutes ces tentatives échouent, et aussitôt, sous la direction personnelle de Dominé, aussi calme que si la place ne venait pas d’être mise à deux doigts de sa perte, il est procédé à la réfection des brèches. L’âme du chef est passée dans celle des soldats, on comprend la gravité de la situation, on veut vendre chèrement sa vie. Dans la nuit du 24, par une obscurité profonde, les Chinois escaladent les brèches et percent sur plusieurs points la ligne de leurs retranchemens incomplètement terminés. Le sergent-major Hurbaud, de la Légion, se jette à leur rencontre, avec une section de piquet ; il est blessé, le sergent Thévenet lui succède et tombe à son tour ; la section recule, la citadelle est forcée, quand le