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cette même date, le commandant Dominé prenait possession d’un commandement dont il allait faire une des illustrations de nos armes.

Le poste dont il va avoir la garde est une vieille citadelle carrée, avec flanquement d’une demi-tour sur chaque face ; elle s’adosse par le sud à la Rivière-Claire, dominée dans toutes les autres directions par des hauteurs boisées, dont un mamelon s’approche même à 300 mètres de l’enceinte. Au bord même de la rivière, mais serré peureusement contre l’enceinte, un village annamite encore habité par une centaine d’êtres errans, épaves de cette terre dévastée que la guerre va repousser encore. Telle est la bicoque. Pour la défendre, deux compagnies de Légion, une de tirailleurs tonkinois, trente et un artilleurs de marine, huit sapeurs du génie, et quatre canons de montagne. En outre, la canonnière la Mitrailleuse, ancrée devant la porte sud, concourt à la défense de ce côté.

Cependant tout est calme aux environs du poste. Des bruits circulent, des rassemblemens ennemis continuent à être signalés, on ne précise rien, il faut attendre : l’on sent seulement une lourdeur de menaces dans l’air. Le 4 décembre, cinquante Pavillons-Noirs se montrent à 2 000 mètres de la redoute. Il devient évident que la ceinture de forêts qui enserre Tuyen-Quan abrite de gros mouvemens de troupes chinoises. Le 7, la prévision se trouve confirmée par une compagnie de Légion lancée en découverte qui bouscule 500 Chinois, à 5 kilomètres vers le sud-ouest. Dominé n’a pas attendu les événemens. Le 24 novembre, il a déclaré l’état de siège, composé le conseil de défense et le comité de surveillance des approvisionnemens. On apporte dans la place les matériaux d’une pagode démolie, on remue la terre, on organise des abris, on blinde les magasins. Devant la menace d’un siège pied à pied, il paraît impossible d’abandonner à l’ennemi ce mamelon qui verrait dans la place à 300 mètres. Le sergent Bobillot reçoit l’ordre d’y construire un blockhaus. L’ouvrage est terminé en cinq jours. Mais déjà le fer est croisé, les adversaires se tâtent, avant de s’engager à fond. Il devient nécessaire de percer les desseins de l’ennemi, en évaluant ses forces ; une grosse reconnaissance est chargée de déchirer le voile. Elle s’aventure à plusieurs kilomètres, engage un véritable combat et a quelque peine à reconquérir sa ligne de retraite.

Maintenant les Chinois ont amorcé leur travail, ils murent la place dans une circonvallation, dont la ligne s’appuie à des villages solidement fortifiés. Le 26 janvier, ils inaugurent le bombardement, en incendiant le village annamite. Le blockhaus est