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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/862

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disais que, si vous étiez à ma place, si vous le voyiez, sans opinion arrêtée d’avance, sans convictions ni attachemens antérieurs, il vous plairait infiniment. Vous vous moquerez de moi, si je vous dis que je n’ai jamais rencontré un homme plus naïf. Il ne dit jamais rien d’appris. Ses idées sont quelquefois bizarres, étranges, mais bien originales. Il a un talent singulier pour gagner la confiance et mettre les gens à leur aise. C’est l’effet qu’il a produit toujours sur les gens de ma connaissance très intime qui ont eu affaire à lui. Cependant il n’a pas l’air de le chercher. Il est extrêmement poli et bienveillant, mais réservé. Il sait faire parler. La carte des Gaules qu’il fait faire lui a donné le goût des études archéologiques et de l’histoire romaine. Comme je suis coupable de deux gros volumes sur les derniers temps de la République, je suis assez fort sur ce sujet, pas assez pourtant, parce qu’il voudrait savoir ce qu’on ne saura jamais. J’ai bien lu en grec et en latin que César était l’amant de la femme de Pompée et de la sœur de Caton, mais je n’ai jamais pu découvrir quel chapeau, bonnet ou couvre-chef était à son usage, Je disais donc à Mine host qu’un des traits les plus extraordinaires de ce César, c’est d’être devenu amoureux fou de Cléopâtre à l’âge de 53 ans. Cela l’avait rendu romantique, et il voulait remonter le Nil avec elle dans une cange pour chercher la source du fleuve, mystérieuse dès cette époque. Cela me mena à raconter comment de cette liaison était né un joli garçon qu’on appelle Césarion, et qui était bien son fils, ajoutai-je, car Auguste le fit mourir. L’anecdote qu’il ne savait pas, et peut-être aussi mon car lui firent faire une exclamation de surprise et d’indignation, si honnête, que je fus tout honteux de m’être montré plus machiavélique que je ne le suis. Je suis charmé d’apprendre que mes géraniums ont des rejetons présentables. Je suis chanceux en fait de fleurs. Un de mes amis avait donné mon nom à un œillet magnifique, mais dont toutes les marcottes ont produit des fleurs déplorables. J’irai le mois prochain en Angleterre et peut-être en Ecosse, et si vous avez quelque commission florale, vous savez que je suis tout à vos ordres. Le pauvre père C… ne va pas trop bien. Il me paraît perdre courage et envie de vivre. Sa fille et son gendre sont ici. La jeune femme a pris toutes les petites manières polonaises, a little ingenuity and artifice, comme le veut Mrs. Malaprop pour une demoiselle bien élevée. Le mari m’a plu assez. Il y a un petit garçon fort gentil qui ne parle que polonais.

Il y avait à Fontainebleau des photographies de Palerme prises pendant, ou tout de suite après la bataille. Les barricades sont misérables pour nous autres connaisseurs parisiens. J’ai vu cependant une invention nouvelle. C’est une grande