Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/726

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


général, lorsqu’on s’étonne que la France en particulier ne soit pas la première à en apprécier les avantages, on se moque un peu de ceux à qui s’adressent ces surprenans sophismes. En réalité, l’entreprise annoncée est, pour employer un mot qu’un orateur anglais a mis à la mode, l’acte de non-amitié le plus caractérisé que l’Angleterre ait depuis longtemps accompli à notre égard. L’espèce de coup de force par lequel on essaie de briser, sous le poids d’une majorité brutale, l’opposition légitime de la France et de la Russie, ajoute un mauvais procédé à l’atteinte directe portée à nos intérêts. Depuis quelques mois, nos rapports avec l’Angleterre s’étaient améliorés, et on avait pu croire que cette amélioration était appréciée à Londres comme à Paris : c’était une erreur. L’Angleterre, cantonnée dans le « majestueux isolement » dont M. Goschen s’est récemment montré si fier, trouve qu’elle n’a pas encore assez d’affaires sur les bras et qu’elle rencontre trop de sympathies dans le monde. L’expérience montrera si elle se trompe ou non. L’opinion, chez elle, est indécise et inquiète. Il s’en faut de beaucoup que la politique de chauvinisme impérial soit approuvée par tout le monde, et le parti libéral, hier encore déconcerté et abattu, a trouvé là une occasion de reprendre des forces et d’asseoir une politique. Lui aussi s’est ressaisi à propos des affaires d’Egypte. Quant à nous, nous aurions besoin plus que jamais d’un gouvernement capable et durable. M. Bourgeois a jugé que nous ne l’avions pas avec M. Berthelot au ministère des affaires étrangères : mais l’avons-nous davantage avec lui ?


Francis Charmes.
Le Directeur-gérant,
F. Brunetière.