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famille ? On pourrait le croire puisqu’il a été remplacé par M. Léon Bourgeois, qui, en sa qualité de président du Conseil, a pris une responsabilité directe dans la politique extérieure que nous avons suivie Quelle a été cette politique ?

L’intérêt particulier qui s’est attaché aux dernières séances de la Chambre nous a amené à leur consacrer plus de place qu’il ne nous en reste pour parler comme il conviendrait des incidens très graves qui se sont produits au dehors. Ils ont pourtant fait naître dans tout le pays une émotion extrêmement vive et qui n’est pas près de se calmer. Nous ne parlons pas de la crise italienne : elle est terminée. M. di Rudini a pris possession du pouvoir, et il a tenu devant la Chambre un langage plein de sagesse : l’Europe y a applaudi. Mais il s’en faut de beaucoup que l’initiative brusque et imprévue du gouvernement anglais ait rencontré partout, et notamment en France, la même approbation. Les Italiens ont été battus à Adoua, ce qui est regrettable ; toutefois, comment prendre au sérieux l’intention qu’affiche l’Angleterre de faire une expédition sur Dongola afin de dégager Kassala menacé par les troupes mahdistes ? La distance entre Wadi-Alfa, point terminus actuel de l’occupation britannique en Egypte, et Kassala occupé par les troupes italiennes, est beaucoup trop considérable pour que la marche des Anglais, à supposer même qu’elle commence tout de suite, puisse avoir un résultat immédiat. Et si elle devait avoir un résultat lointain, c’est celui que le duc Caetani de Sermoneta, le nouveau ministre des affaires étrangères d’Italie, a laissé entrevoir dans un discours au Sénat, à savoir que les Italiens seraient probablement amenés à remettre un jour Kassala entre les mains des Anglais, dénouement qui ne serait pas sans ironie. La vérité est que la situation de Kassala se sera dénouée, de manière ou d’autre, longtemps avant que les Anglais aient fait un pas décisif du côté de Dongola. Au reste, cette situation ne paraît avoir en ce moment rien de particulièrement critique. Tout fait croire, grâce aux dispositions conciliantes de M. di Rudini, que la paix sera signée prochainement, et sur des bases équitables, entre le gouvernement du roi Humbert et celui du Négus. Dès lors les Italiens, débarrassés de leur seul adversaire redoutable, n’auront pas beaucoup de peine à se maintenir à Kassala, pour peu qu’ils y tiennent, ce qui n’est pas bien sûr. Les perspectives que leur ouvre l’expédition britannique ne sont pas, on vient de le voir, tout à fait rassurantes au sujet de Kassala même, dont la garde pourrait finalement leur échapper. L’amitié de l’Angleterre leur a déjà causé quelques déceptions, et si la manière officielle dont elle s’étale aujourd’hui provoque en Italie des manifestations non moins officielles de reconnaissance et de satisfaction, il n’est pas très difficile de discerner en écoutant un peu plus bas, un peu plus profondément