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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.



31 mars.


S’il est permis de commencer une chronique par la fin, nous annoncerons tout de suite que le ministère radical est sauvé, au moins provisoirement, mais que M. Berthelot, ministre des affaires étrangères, a donné sa démission. Il a été remplacé par M. Bourgeois, président du Conseil, dont le propre remplaçant à l’intérieur n’est pas encore choisi. Ceci dit, nous reprenons l’ordre chronologique des événemens en y mêlant les réflexions qu’ils comportent.

Les dernières séances de la Chambre des députés ont présenté un phénomène tout nouveau, et à quelques égards inespéré : à savoir le réveil du parti modéré. La bataille annoncée depuis longtemps au sujet de l’impôt sur le revenu a eu lieu : elle n’a pas été gagnée, mais avant de dire qu’elle a été perdue, il faudrait savoir quelle sera par la suite l’attitude du parti qui l’a livrée. Napoléon, qui s’y connaissait, a dit qu’une bataille perdue est une bataille qu’on croit perdue. L’écart entre la majorité et la minorité a été si faible qu’on peut le regarder comme insignifiant. Le ministère survit, ou se survit. Il dispose encore à la Chambre, grâce à l’équivoque qu’il a établie, d’une majorité de six ou sept voix, en comptant les siennes. Ce n’est pas assez pour gouverner bien longtemps contrôle Sénat et contrôle vœu du pays. S’il y avait eu seulement deux ou trois scrutins de plus, le ministère était renversé. Ses amis l’ont si bien senti que, sur la minute même de leur triomphe, ils ont proposé à la Chambre de suspendre sa session et de ne la reprendre que le 19 mai prochain. Les radicaux et les socialistes étaient si heureux, et en même temps si étonnés d’avoir sauvé le cabinet du danger, qu’ils ne voulaient pas l’y laisser exposé un jour de plus. Qui sait, en effet, ce qui peut arriver ? La situation intérieure est pitoyable ; la situation extérieure l’est encore plus. Nous n’avons plus que des loques pendantes de gouvernement : au moindre souffle elles seront emportées. La Chambre, par