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La première surtout de ces deux nouvelles est, je crois, l’une des œuvres les plus caractéristiques de la littérature hollandaise. Un officier, Van Harden, rentrant chez lui après des manœuvres, apprend à sa jeune femme qu’on fait courir des bruits de guerre. Et devant l’idée que peut-être son mari va partir, qu’il va peut-être mourir, la malheureuse ne retient plus un secret qui depuis longtemps déjà lui coûte à garder. Elle avoue à son mari qu’elle a aimé un autre homme, qu’elle a même été sur le point de s’en aller avec lui. Et, tendrement, humblement, elle demande son pardon. C’est le point de départ du récit ; quelques lignes suffisent à M. Emants pour nous l’exposer : et alors commence un long monologue, trente pages de menues réflexions, énumérées avec toute leur suite. Tour à tour le mari se fâche, se résigne, se désespère, espère de nouveau. Mille souvenirs lui reviennent à l’esprit de paroles qu’il a dites et qu’il aurait dû ne pas dire ; mille projets surgissent devant lui, puis aussitôt se dissipent. Et quand, une heure après, il se retrouve auprès de sa femme, il comprend que quelque chose d’essentiel s’est brisé, en elle et en lui, que ce qui les faisait vivre jusque-là s’est brusquement écroulé, par sa faute, par leur faute à tous deux, ou plutôt par la seule faute de la destinée. Désormais ils resteront, sous le même toit, étrangers l’un à l’autre. Sous les apparences de la santé et de la vie, ils ne seront plus que deux morts. Mais aucun résumé ne saurait donner l’idée de ce genre, qui ne vaut que par l’abondance et la variété du détail ; et je crains que le charme des patientes analyses de M. Emants ne soit décidément trop hollandais pour pouvoir être jamais apprécié en dehors de son pays.


Je voudrais signaler encore, avant de finir, deux revues hollandaises illustrées, où j’ai trouvé une foule d’intéressantes études et d’agréables images. L’une, l’Elsevier’s geeillustrerd Maandschrift, est faite sur le modèle des magazines américains, mais, au contraire de la plupart de ceux-ci, le texte y est aussi soigné que l’illustration ; et il n’y a pas un écrivain un peu notable de la Hollande ou des Flandres dont le nom ne figure dans la longue liste de ses collaborateurs. C’est dans cette revue que l’éminent directeur du Musée Plantin d’Anvers, M. Max Rooses, publie la série de ses articles sur les peintres flamands au musée du Louvre.

L’autre revue, De Hollandsche Revue, récemment fondée à Harlem par M. Frans Netscher, à l’imitation de la Review of Reviews anglaise, publie tous les mois un excellent résumé du mouvement littéraire européen ; les publications françaises, en particulier, y sont analysées et jugées avec une intelligente sympathie.


T. DE WYZEWA