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43 francs à Java, 58 francs à Montevideo. On ne peut employer que certaines qualités ; les Transatlantiques sont obligés de se servir, à Marseille, de « Cardiff trié ». Il n’est pas de charbon français équivalent. Il faudrait, pour obtenir le même calorique, en embarquer davantage, et l’on n’arriverait pas, malgré tout, à une vitesse égale. Rien que par l’usage des charbons asiatiques, dont la dépréciation du métal argent a fait baisser le prix, les Messageries ont réduit leurs frais généraux de plusieurs centaines de mille francs. Là où il n’y a pas de mines ouvertes, la question de la houille domine la navigation : sur la côte d’Afrique, pour économiser le combustible, les Chargeurs réunis ont trouvé avantage à mettre au rebut, à détruire, des machines qui n’avaient pas douze ans de service, afin de leur substituer des appareils perfectionnés du dernier modèle, dont chacun coûtait 700 000 francs.

La tonne de charbon est plus qu’une dépense ; elle fait obstacle à une recette, puisqu’elle tient la place de marchandises dont les 1 000 kilos paieraient parfois 40 et 50 francs. Pour le trajet effectué par les Messageries entre l’archipel des Séchelles et la côte australienne, il faut emporter 1 800 tonnes de charbon ; si bien, qu’avec les 300 tonnes d’approvisionnement divers du navire, on ne peut guère prendre que 1 500 tonnes de fret. Dans la chambre de chauffe, devant 16 et 24 foyers, travaillent les ringardeurs, et les rechargeurs, vers qui les soutiers poussent nuit et jour de petits wagonnets, que l’on a grand’peine, par les gros temps, à empêcher de dérailler. En plus de sa force motrice le bateau possède une foule de mécanismes auxiliaires, grues, monte-charges, treuils, cabestans, ventilateurs, moteurs à dynamos ou à gouverner, pompes centrifuges, d’épuisement, de condenseurs, etc. On arrive au total d’une quarantaine de machines, développant un total d’un millier de chevaux. Sur certains vaisseaux de guerre le chiffre des appareils auxiliaires atteint la centaine.

Le seul service de la machine absorbe près de moitié de l’équipage qui, sur un paquebot comme la Normandie, se compose de 207 hommes et en comprend 308 à bord de la Touraine. Les salaires sont un élément important de la dépense : Messageries et Transatlantiques ont ensemble près de 11 000 individus embarqués. Et cette dépense est proportionnellement plus élevée pour une compagnie française que pour ses rivales allemandes ou britanniques. La navigation n’est pas chez nous une industrie libre. L’organisation de l’inscription maritime, qui remonte à Colbert, impose aux populations côtières une sujétion très pénible ; en revanche elle assure un morceau de pain à leur vieillesse