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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/681

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Tout s’enchaîne ; l’exploitation de la houille développe la navigation japonaise, qui, à son tour, encourage les exportations de charbon. Le chiffre de 5 600 bâtimens japonais fréquentant le port de Moji est à retenir, d’autant plus que, depuis la guerre, le Japon augmente sa flotte. C’est là encore un des buts qu’il poursuit : développer sa navigation indigène, au point d’éliminer peu à peu de l’Extrême-Orient les pavillons européens. Dans cette vue rien n’est épargné ; les armateurs, les industriels japonais se coalisent, et « boycottent » ceux d’entre eux qui essaient de résister ; certaines marchandises importées par navires étrangers paient des surtaxes ; le coton, par exemple ; tout commerçant japonais qui fait venir du coton de Bombay par navire étranger paie une très forte amende ; la navigation indigène au contraire est encouragée. Enfin les sociétés de navigation font bien les choses et ne craignent pas de s’imposer de lourds sacrifices. Tout est conçu en grand. Les Japonais ont pris modèle non pas seulement sur l’Europe, mais sur ce qu’il y a de plus moderne en Europe et aux Etats-Unis. La Nippon Yusen Kaisha est une compagnie des plus importantes. Bientôt peut-être nous verrons flotter dans nos ports son pavillon. Elle compte 47 paquebots, dont plusieurs éclairés à la lumière électrique, aménagés avec grand luxe et faisant de longs voyages déjà. Elle a commencé même à faire concurrence à nos Messageries, mais surtout à la compagnie anglaise Péninsulaire et Orientale, en créant un service bimensuel du Japon à Bombay. Avant peu, dit-on, elle aura organisé un service régulier reliant Yokohama à l’Australie, à l’Europe et à l’Amérique. L’ouverture du canal de Suez a favorisé la mise en valeur et l’émancipation économique de l’Asie : le percement de l’isthme de Panama attirera sur nous directement une véritable invasion des bâtimens et des produits de l’extrême orient…

Mais n’insistons pas, nous en avons dit assez pour qu’on sente combien trois des principales industries européennes, celles des transports, des cotonnades et de la houille, sont menacées. Avons-nous fini ? Pas encore.

Les fers sont en Extrême-Orient dans la période naissante ; l’importation des aciers d’Europe ou d’Amérique continuera à s’effectuer jusqu’au jour où les aciéries japonaises fonctionneront. Des établissemens métallurgiques européens sont déjà installés, d’autres en voie de s’établir, non seulement au Japon, mais en Chine. Nos paquebots trouvent là-bas des docks et des ateliers qui leur permettent d’entreprendre sur place les réparations qu’on avait réservées jusqu’ici pour le retour et qui échappent ainsi à notre industrie. M. de Brandt croit que le fer se trouvera de