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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/669

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Indes mêmes, les capitaux commencent à émigrer. Bien plus, embarrassée par la nécessité de payer en or à Londres les intérêts de sa dette, alors qu’elle touche en argent ses revenus, trop prudente aussi pour risquer de mécontenter gravement les populations indigènes en augmentant les taxes qu’elles n’acceptent pas toujours volontiers, l’administration des Indes a été réduite pour équilibrer son budget à entourer la péninsule d’une ceinture de droits de douane ou d’accise qu’elle impose à la métropole elle-même, à la métropole surtout, puisque c’est avec elle que s’opère encore la plus grande partie de ses échanges européens.

Aussi voyons-nous dans un même empire, le vaste, de plus en plus vaste empire britannique, se multiplier ces démonstrations de toute une contrée venant protester contre une autre, d’une industrie se débattant pour essayer de conserver des débouchés indispensables qui lui échappent. Tout cela passe inaperçu à peu près en France, comme si ce n’était pas le prélude de toutes les difficultés qui nous menacent, qui menacent l’Europe entière, le premier acte d’une crise qui commence et qui est déjà commencée. Les efforts surhumains de la région industrielle du Lancashire pour surnager, pour résister à la marée montante d’une concurrence universelle auraient un caractère vraiment tragique si on voulait voir d’un peu loin, pas très loin, hélas ! Les Indes, au lieu d’acheter, produisent ou achètent ailleurs qu’en Angleterre. Qu’allons-nous devenir, s’écrient les ouvriers, les patrons, la population tout entière des centres industriels, des cités usines sorties du sol avec la houille, édifiées en quelques années et monstrueusement développées dans l’unique dessein d’alimenter des marchés qui se ferment. Qu’allons-nous devenir, nous qui exportions un milliard cinq cents millions de marchandises ? Que vont devenir, disent les armateurs, les flottes que nous avions construites pour transporter ces marchandises ? Que vont devenir les marins, les chargeurs des docks, les millions d’intermédiaires que fuit vivre une si colossale industrie ! — Aussi le droit que les Indes imposent aux marchandises d’importation sans distinction de provenance ou d’origine n’a été frappé sur les cotonnades qu’à la dernière extrémité, mais il a été frappé cependant et il augmente encore les charges pesant sur les fabricans anglais dont les protestations n’ont pas été accueillies et qui viennent dire : « On a qualifié nos craintes d’imaginaires il y a un an. Aujourd’hui on peut constater que l’établissement du droit de 5 pour 100 a eu pour conséquence une prospérité sans précédent dans la fabrication indienne et un désastre sans précédent également dans celle du Lancashire ! »

On leur répond : Les exigences financières dont vous vous