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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/668

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études, il ne suffit pas de regarder, il faut regarder longtemps.

Les rapports de l’Inde et de l’Angleterre offrent un des spectacles les plus instructifs qui soient au monde actuellement ; car ils soulèvent les problèmes économiques à la fois les plus graves et les plus délicats, problèmes non seulement anglais, mais européens et nés d’hier. Au lieu de semer du froment, l’Angleterre avait pris son parti de fabriquer du fer, du coton, des vêtemens, et d’extraire de la houille, comptant avec ces quatre grands produits faire fortune ; elle a réussi, mais les États-Unis ont commencé à fabriquer et à vendre les mêmes produits, et placés dans une situation géographique très favorable, les ont exportés par le Pacifique en extrême Orient, puis un peu partout. Les Indes, rapprochées d’Europe par le percement de l’isthme de Suez, restaient néanmoins comme un marché qui semblait ouvert indéfiniment à la Grande-Bretagne, particulièrement à ses cotonnades ; qu’on lise attentivement ce qui suit.

Lord George Hamilton, secrétaire d’État actuel pour les Indes, disait, il y a quelques semaines, en présence d’une imposante manifestation de l’industrie du Lancashire qui lui portait ses doléances (18 décembre 1895) : « Je ne sais pas si on se doute que, d’après les statistiques des dix dernières années, les exportations de cotons comptent pour 25 pour 100 dans les exportations générales de l’Angleterre et représentent le total énorme de 60 millions de livres sterling, un milliard cinq cents millions de francs. Et l’Inde est notre grand débouché pour ces marchandises. Sa population numérique constitue le cinquième de la race humaine et elle a acheté pendant ces dix années 30 à 40 pour 100 de nos exportations de coton ! »

Il est donc bien clair que, si ce marché venait à se fermer, une perturbation énorme en résulterait dans la production de la métropole, et que cette perturbation se transformerait en un désastre si les autres marchés tels que le Japon et la Chine se fermaient à leur tour ou, ce qui revient au même, ouvraient leurs portes à des marchandises produites à meilleur compte par des concurrens.

Or les Indes se mettent comme l’Amérique à produire et à vendre tout ce qu’exportait l’Angleterre ou à peu près. L’industrie du fer y est dans l’enfance, mais déjà un observateur qui n’est pas suspect, Sir William Hunter prévoit qu’elle fera concurrence aux maîtres de forges anglais, déjà si menacés par les États-Unis. Quant au charbon, elle en produit, et ce qui lui manque, au lieu de le faire venir de Cardiff, nous le verrons, elle le reçoit du Japon. D’une façon générale la grande colonie britannique fabrique en partie et produit elle-même ou bien elle commence à acheter au Japon ce qu’elle faisait venir d’Europe auparavant. Là aussi, aux