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Lady H… compliments to M. Macaulay and wishes he should broach another subject. Elle avait un ami homme d’esprit et philosophe qui lui faisait des mots et la rassurait quand elle avait peur de mourir. C’était M. A…, qu’on appelait lady H… ’s atheist, comme on aurait dit d’un autre, son chapelain. Cette génération était certainement fort aimable, mais elle m’a toujours paru manquer de passions généreuses. Elle savait user de la vie et de l’argent beaucoup mieux que la génération présente. Avec une très grande licence, ou corruption, si vous voulez, dans les mœurs, on avait conservé une politesse exquise ; on recherchait la science et on s’y intéressait sans trop la comprendre ; mais enfin on avait bien des manières de s’amuser par l’intelligence sans parler d’amusemens moins moraux. Les plaisirs de vanité, je crois, étaient moins recherchés que les autres. Pour la génération actuelle, la satisfaction de la vanité est le premier besoin. Croyez-vous qu’il y ait à Paris beaucoup de membres du Jockey-Club qui préfèrent leur plaisir à l’opinion de la douzaine de personnes dont ils tiennent à exciter l’envie ? S’il vous tombe sous la main un livre de la fin du siècle dernier écrit par le duc de Lauraguais et intitulé Lettres de Lauraguais, sautez à la fin du volume et lisez un fragment des mémoires de la duchesse de Brancas sur Mme de Châteauroux, sa vie et sa mort. C’est un petit chef-d’œuvre littéraire très peu connu et qui mérite de l’être.

Ed. C… n’est pas encore parti. Il barguigne beaucoup à nous quitter. Son père avait eu un instant envie de venir nous faire une visite et puis il paraît y avoir renoncé.

Paris est absolument désert, ce qui ne me déplaît pas trop. J’aime les longues soirées que je passe dans ma robe de chambre à lire. Je voudrais écrire, mais je n’en ai pas la force. Cependant j’ai fait l’autre jour un article sur les marbres d’Halicarnasse, que vous seriez digne de voir et d’admirer. C’est les marbres que je dis. C’est de la sculpture grecque romantique, de Praxitèle ou de Scopas, très différente de la sculpture de Phidias, moins noble mais avec plus d’imagination ; quelque chose comme Sophocle comparé à Homère.

Adieu, madame, je ne partirai pas sans prendre vos commissions, soit pour le nord, soit pour le sud. Si vous découvrez quelque dolmen inconnu, prenez-en note et recommandez-le à vos Bretons. Veuillez agréer, madame, l’expression de tous mes respectueux hommages.

PROSPER MERIMEE.