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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/557

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habitait alors Rome et était logé au Belvédère [1]. — « Le pape a chassé plusieurs jours à Ostie, en compagnie de signor Federico. Sa Sainteté était pleine d’allégresse chaque fois qu’elle abattait quelque gros faisan ; elle le montrait alors à tout le monde, parlant et riant beaucoup… » — « Aujourd’hui (25 juillet) le pape est allé à la vigna de messer Agostino Chigi (la Farnesina) et il y est resté toute la journée ; il y a dîné et soupe. C’est un beau palazotto, mais il n’est pas encore fini, très riche d’ornemens variés, surtout de marbres magnifiques et de couleurs diverses. Signor Federico a mangé avec le pape, et a récité devant lui une églogue latine pendant le dîner… » C’était déjà la seconde visite que le Rovere rendait dans ce même mois à l’heureux propriétaire du palazotto (la première eut lieu le 5 juillet), et je soupçonne fort que ces gentilezze n’étaient point complètement désintéressées. Nous savons d’autre source que le pape, vers cette époque, a emprunté au puissant banquier siennois la somme de quarante mille ducats, en lui laissant pour gage la célèbre couronne pontificale de Paul II, il regno, comme on l’appelait par excellence ; or c’est précisément dans l’intervalle de ces deux visites faites à la villa transtévérine, que Grossino mande (12 juillet) à la marquise de Mantoue, sans se douter en rien de la transaction financière : « Sa Sainteté trouve grand plaisir à contempler des joyaux : hier, elle s’est fait apporter (du château d’Ange) les deux regni, l’un de la valeur de deux cent mille ducats, et l’autre de cent mille. Je crois que je ne verrai jamais de joyaux aussi beaux, avec tant de perles et de pierres précieuses… » L’année suivante (décembre 1512), Jules II, victorieux et triomphant, reprendra au banquier le regno sans façon et sans paiement, en chargeant tout simplement le bargello de s’emparer du gage, et, à défaut, de la personne même du détenteur [2]… Messer Agostino Chigi a dû trouver ce jour-là que les emprunts d’État, même sur gages, ne constituaient pas toujours le plus sûr des placemens.

  1. J’emprunte les citations de la correspondance de Grossino à l’intéressant travail de M. Aless. Luzio : Federico Gonzaga, otage à la cour de Jules II, dans l’Archivio di storia patria Romana, 1886, vol. IX, p. 509-582.
  2. Manuscrit de Tizio, cité par M. Cugnoni (Archivio di storia patria Romana, III, p. 295). — Sanuto a une version un peu différente de cet incident (Moritz Brosch, Papet Julius II, p. 364, note 58).