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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/50

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Napoléon qui parle ainsi, à la veille du blocus continental ? Non, c’est le cardinal de Richelieu qui se plaint de Charles Ier.

En France, l’interdiction du commerce avec les puissances ennemies était, au XVIIe siècle, une mesure traditionnelle que l’on édictait aussitôt après la déclaration de guerre, comme une punition dont les étrangers étaient seuls censés avoir à souffrir. Notre gouvernement devait reconnaître cependant que ses propres sujets supportaient très mal ce genre de ruptures. Ils faisaient leur possible en vue d’éluder la prohibition que l’Etat, dans sa sollicitude, affirmait avoir imposée pour leur bien, « afin de les préserver des pirates. » Ces imprudens ne tenaient sans doute pas à être préservés : « la présence du péril vaincue par la convoitise du gain, dit l’ordonnance, fait que la plupart s’exposent au hasard de mauvaises rencontres. » Aussi, pour les empêcher « d’aller ainsi au-devant de leur ruine », était-il sévèrement défendu de mettre en mer aucun vaisseau « sous peine de saisie des marchandises et du navire » ; de sorte que les armateurs français se trouvaient à peu près sûrs d’être confisqués par la mère patrie s’ils échappaient à la confiscation de ses adversaires. Point n’en usaient ainsi les Anglais en semblable occurrence ; leurs « facteurs » ou représentans, avec l’agrément des autorités de leur pays et la connivence des fonctionnaires français, qu’ils achetaient, s’il était nécessaire, à beaux deniers comptans, trouvaient moyen d’entrer dans nos ports avec les couleurs neutres dont ils s’affublaient.

Couleurs hollandaises le plus souvent, — depuis la déchéance des villes hanséatiques qui, au XVe siècle, avaient régné sur les rivages de l’Océan, depuis qu’Anvers à son tour, après avoir vu quelque temps sous Philippe II entrer et sortir de son port 50 bâtimens par jour, se trouvait diminuer d’importance, c’était aux citoyens des Provinces-Unies qu’appartenait sur l’eau le premier rôle. Comme le roi d’Angleterre, ces « Messieurs les Etats généraux » de Hollande fermaient volontiers les yeux sur les procédés équivoques de leur marine marchande. Commissionnaires universels, ils échangeaient partout n’importe quoi avec n’importe qui ; traités ou alliances ne les gênaient guère ; à la mer, pour un vrai commerçant, il n’est point d’amis ni d’ennemis. Longtemps ils avaient demandé aux Espagnols de leur ouvrir l’Amérique, dont Sa Majesté Catholique tenait toute seule la clef. Mais le cabinet de Madrid n’avait eu garde. Il craignait qu’une fois admis, les Hollandais « n’attirassent à eux tout le négoce, pouvant faire, disait le duc d’Arschot, pour 100 écus, ce que les Espagnols ne sauraient faire pour 200. » Observons à ce