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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/493

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Après avoir reçu l’ordre verbal des trois membres du Directoire de remplir sa haute mission, d’où dépend le salut de la République, Augereau se retire. Je laisse mes collègues entourés des ministres pour réunir sur divers points les militaires sans fonctions qui se sont rendus chez moi. Les personnes qui s’y trouvaient, entre autres les ambassadeurs Meyer et Staël, sont également consignées jusqu’à une heure après minuit, où les indiscrétions ne sont plus à craindre. Revenu près de mes collègues, nous arrêtons la rédaction d’une proclamation contre le retour de la royauté et de la Constitution de 93. Revellière et Rewbell veulent que pour tout tranquilliser on ajoute : « Et contre la famille du duc d’Orléans. » Cette famille, toujours poursuivie et toujours abandonnée par ceux qui auraient eu le devoir de la défendre, se trouve toujours comme une concession livrée par la faiblesse à la méchanceté. On a fait périr le père pour se défendre d’être son partisan ; on livre aujourd’hui les enfans par le même principe.

Mais nous ne sommes pas dans un moment où il soit possible de parler raison, et de soutenir des devoirs de justice, même avec ceux qui sont dans nos opinions ; les passions grondent et frémissent ; pour lutter contre celles qui nous attaquent, il faut ne point se séparer de celles de notre parti.

Nos proclamations sont également prêtes. Je rédige avec Scherer les divers ordres aux armées ; François de Neufchâteau montre un grand caractère. Minuit sonne : les colonnes s’ébranlent ; il est ordonné que Carnot et Barthélémy seront gardés à vue dans leurs appartemens. Le premier s’était échappé du Luxembourg. Le jour paraît : je fais tirer le canon d’alarme ; les grenadiers du Corps législatif s’embrassent et fraternisent avec les troupes de ligne.

Augereau avait bu quelque peu de vin de Champagne, pour se préparer, comme dans les jours de bataille : en apercevant Ramel, il lui arrache ses épaulettes et pousse la dureté jusqu’à lui en battre le visage ; puis il les remet à un aide de camp. Il faut bien que l’audace soit bonne en tout, car Marne ! , qui ne manquait pas de courage, est stupéfait, il n’ose faire un mouvement : il se regarde comme arrêté de plein droit, par la seule raison qu’il vient d’être outragé. Verdière, commandant de la place, est chargé de l’ordre d’arrêter les inspecteurs de la salle. Ils étaient réunis à leur salle, au deuxième pavillon, Marsan aujourd’hui. On monte, général, aide de camp, grenadiers, gendarmes, pour exécuter l’arrêté. Lorsque, ouvrant la porte, le général Verdière annonce. Tordre du Directoire en main, qu’il vient arrêter MM. les inspecteurs, voilà qu’un