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inquiétudes et d’avoir la paix à l’intérieur. » Le député Bailleul fait distribuer une déclaration à ses commettans : il est dénoncé. L’ordre du jour est adopté. Le parti contre-révolutionnaire du Corps législatif compte beaucoup sur Moreau. Un homme, à mon audience, s’est conduit de manière à faire croire qu’il avait des intentions perfides : il est envoyé au bureau central. Il paraît que les royalistes sont déterminés à attaquer le 18. Leurs partisans rentrent de toutes parts dans Paris.

Hoche est confirmé de nouveau dans le commandement de l’armée de Sambre-et-Meuse. Carnot voudrait que Moreau fût appelé près du Directoire ; nous ne le trouvons pas convenable. Il voit bien, dit-il, que nous avons « un parti pris ». Je réponds à Carnot nettement : « Oui : le parti est pris de sauver la République ; elle le sera malgré les projets criminels des valets de la royauté… »

Depuis quelque temps j’ai journellement des conférences avec des députés et des patriotes influons : je les mets en mouvement pour préparer le peuple au coup d’Etat indispensable que j’ai organisé. La Trésorerie entrave tous les services ; Rewbell demande que ses membres soient mandés au Directoire : Carnot et Barthélémy font la grimace, ils parlent de ma violence. Je leur dis : « Vous m’accusez de violence, et moi je m’accuse de faiblesse, de n’avoir pas réprimé plus tôt tout le mal que vous avez fait. Chargé par le peuple de défendre notre nouvelle organisation sociale, responsable du maintien de la République, non seulement envers la France, mais envers le genre humain que nous avons appelé à la liberté, j’aurais dû ne pas attendre si longtemps pour lui montrer ses ennemis dans les premières autorités de l’Etat ; le sang versé impunément depuis dix-huit mois l’a été par votre fait : nous aurions eu le retour de l’ordre si vous n’aviez pas paralysé les mesures répressives du Directoire. Le sang innocent retombera sur vous ! »

Le 17, je suis informé que le gouvernement va être attaqué. Je crois qu’il est temps de se mettre en mesure de prévenir 1 attaque. Je rends compte de l’état des choses à mes deux collègues. Je prépare les premiers ordres pour agir. Je mande Augereau, que j’avais vu tous les jours précédens et qui ne me paraissait pas sans quelque réflexion incertaine et timide sur les conséquences d’un acte politique aussi décisif. J’avais bien pensé à lui donner pour coopérateur Bernadotte, que Bonaparte n’avait pas envoyé à Paris dans une autre intention ; mais, ayant plusieurs fois tâté celui-ci dans les visites continuelles qu’il me faisait, je n’avais pu rien obtenir de lui que les protestations vagues d’un dévouement sans bornes et qui ne s’arrêtait à rien.