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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/479

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M. Félix Faure et M. Aynard. Ils ne sont évidemment pas contradictoires, puisque M. le président de la République a protesté contre toute entreprise qui aurait pour conséquence d’empiéter sur la liberté d’autrui. Les socialistes ne s’en sont pas moins empressés de présenter, son discours non pas comme une réponse, mais comme une réplique, et ils ont couvert M. Félix Faure d’une approbation dont il se serait sans doute bien passé. Les radicaux ont fait de même. Les politiques du parti, les doctrinaires, ont expliqué que M. le président de la République devait, par la nature même de sa fonction, parler toujours dans le sens de son ministère, aujourd’hui radical et demain modéré. Pour eux, le président doit être beaucoup moins au-dessus des partis que, successivement, avec tous ceux qui se remplacent au pouvoir. Il doit se faire la doublure de son ministère, quel que soit celui-ci. Avons-nous besoin de dire que les radicaux seront d’un avis tout différent dès qu’ils ne seront plus au pouvoir ? Ils seront alors du nôtre, à savoir que M. le président de la République doit éviter avec soin tout ce qui, dans ses démarches ou dans ses paroles, le rattacherait trop étroitement à un parti. Comment pourrait-il être l’homme d’un jour s’il veut rester celui du lendemain ? Et nous revenons toujours à la conclusion, qu’il est préférable que le président de la République et le président du conseil voyagent séparément. Il n’y a pas d’autre moyen d’éviter entre eux des confusions qui peuvent quelquefois profiter au second, mais jamais au premier.

Ces critiques une fois exprimées, nous sommes heureux de dire qu’en ce qui concerne le but principal du voyage présidentiel, tout s’est passé admirablement. Jamais le soleil du Midi n’avait éclairé de plus belles fêtes que celles de Nice. La présence de plusieurs grands-ducs de Russie, et notamment du tsarewitch qui a voulu s’associer à la célébration d’un de nos grands souvenirs nationaux, a donné à ces fêtes un éclat et aussi une signification dont nous avons tout lieu d’être satisfaits. Dans ces villes si françaises de cœur, mais où. des étrangers de tous les pays se donnent rendez-vous pendant l’hiver et composent une population cosmopolite où le monde entier est représenté, la sympathie universelle s’est manifestée avec chaleur et avec entrain. Pas le moindre incident n’a été à regretter. On sait que l’empereur d’Autriche, qui habite en ce moment le cap Martin, est venu faire au président de la République une visite de courtoisie, que celui-ci s’est empressé de lui rendre. L’empereur François-Joseph s’est montré touché, paraît-il, des marques de respect qu’il reçoit sur ce point extrême de la France : il rencontrerait sur tout notre territoire les mêmes égards. L’éducation politique du pays, après les malheurs que nous avons éprouvés, a fait plus de progrès qu’on ne l’imagine quelquefois au dehors. Nous tenons parfaitement compte, en France, des situations particulières des diverses puissances et des obligations