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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/478

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faire couvrir par celui-ci. Quant aux cris : « A bas le Sénat ! » ils étaient purement séditieux. M. Mesureur a déclaré depuis qu’ils avaient été isolés, clairsemés, et n’avaient jamais pris un caractère collectif ; mais d’autres témoins des mêmes scènes en donnent une version très différente. En admettant que la vérité soit entre les deux, elle n’en reste pas moins regrettable. Des cris très nombreux sur certains points du territoire, notamment à la Ciotat, ont menacé la haute assemblée. Il faut bien le. croire puisqu’un sénateur radical, M. Peytral, leur a imposé silence avec une vigueur qui l’honore. Il faut bien le croire puisqu’un député, M. Charles-Roux, en a exprimé tout haut son indignation, en s’étonnant qu’ils fussent tolérés. S’ils l’ont été, c’est sans doute parce qu’ils partaient de trop de poitrines pour qu’on pût les réprimer. Mais quel devait être, au milieu de ces vociférations inconstitutionnelles, l’embarras du président de la République ? Il aime à répéter, et avec grande raison, qu’il est le gardien de la constitution. C’est là, en effet, son rôle principal. Le Sénat, apparemment, fait partie de la constitution ; il en est même une des pièces essentielles. Placé au-dessus des partis, le président de la République s’est trouvé être le plus bel ornement de l’apothéose d’un parti. Gardien de la constitution, il l’a entendu bafouer sans pouvoir l’empêcher. Ce ne sont pas là de très heureux résultats de son voyage.

Encore une fois, ce n’est pas sa faute personnelle, mais celle des circonstances. Son langage officiel, pendant tout le cours de ce voyage, a été ce qu’il pouvait être. A Lyon toutefois, dans sa réponse au discours que lui adressait la Chambre de commerce, il s’est laissé entraîner à quelques déclarations dont l’intention était à coup sûr excellente, mais dont l’esprit de parti n’a pas manqué de tirer profit. Le président de la Chambre de commerce, M. Aynard, en ce moment indisposé, n’avait pas pu quitter Paris, et il avait envoyé un discours écrit qui a été lu par le vice-président, M. Isaac. Il était très éloquent, le discours de M. Aynard, sobre, nerveux, avec une note émue qui en augmentait la portée. Il prenait la défense de la liberté individuelle contre les entreprises du socialisme, et, dans une ville qui a tant fait pour alléger la misère, pour développer les institutions de prévoyance et de secours mutuels, pour faire enfin, en dehors du socialisme, œuvre de progrès social, il demandait qu’on laissât au cœur humain quelque mérite dans sa spontanéité généreuse, au lieu de vouloir tout imposer par la contrainte de la loi. M. Félix Faure a répondu, non sans une pointe d’humour, que la Chambre de commerce et la municipalité même de Lyon avaient donné le bon exemple en s’associant par des subventions à tant d’œuvres dignes de servir de modèles, et qu’elles ne devaient pas empêcher l’État de les imiter. Il y a une grande différence entre l’État et une chambre de commerce, ou même une municipalité ; mais nous ne voulons pas discuter ici les deux points de vue où se sont placés