Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/47

Cette page n’a pas encore été corrigée


Le mécanisme de la vie moderne


VIII. LES COMPAGNIES DE NAVIGATION [1]


S’il y a longtemps sans doute que la terre fait le tour du soleil, il y a bien peu de temps que les hommes font le tour de la terre. Cette boule, à la surface de laquelle chacun de nous ne fait que paraître et disparaître, non seulement nous ne pouvons y enfoncer assez pour en connaître le centre, ni nous en éloigner suffisamment pour visiter quelque autre globe du voisinage, — fût-ce notre dépendance immédiate, comme la lune, où il est honteux d’avouer que nous ne savons ce qui se passe ; — mais notre propre planète, celle où nous sommes internés, des douzaines de siècles se sont écoulés avant que nos pères aient su en quoi elle consistait, et, depuis qu’ils le savent, il a fallu des centaines d’années pour qu’ils apprissent a la parcourir à leur aise.

Je ne nie pas qu’historiquement ce soit à Christophe Colomb que revienne l’honneur d’avoir découvert le Nouveau Monde, mais, pratiquement, l’invention de l’Amérique est toute récente. Elle n’a pas cent ans. Elle n’avait signalé son existence, jusqu’à l’aurore du XIXe siècle, que par des envois d’or et d’argent qui

  1. Voyez la Revue des 15 juillet et 1er octobre 1894, 1er janvier, 15 mars, 15 juin, 1er septembre et 1er décembre 1895.