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le juge, peut encore servir sa carrière ou lui faire obstacle ! Comment le juge, alors, ne pencherait-il pas du côté de l’accusation ?

— Il peut, en effet, en être tenté.

— Eh bien ! voilà un système de procédure pénale qui du moins ne pèche pas par excès d’indulgence ! Enfin ! il assure sans doute une très ferme répression ; cela a bien son bon côté.

— Vous n’y êtes pas ! le jury acquitte sans cesse et la récidive ne fait que croître.

— Quoi ! cet énorme pouvoir accordé à l’accusation ne fait que… Comment explique-t-on une pareille anomalie ?

— C’est une question bien complexe ! Nos jurés ont sans doute l’esprit de contradiction… Mais silence, voici la Cour !

— Un mot encore : si j’en crois le tableau que vous m’avez tracé, notre président n’est pas un fort bon juge ?

— Lui ? C’est un digne magistrat, intelligent, consciencieux et fort indépendant.

— Vraiment ? C’est donc un homme de grand mérite. Je sais bien qu’en tous pays, Dieu merci, on trouve de braves gens qui rendent supportables les institutions médiocres !

— Cela se rencontre heureusement chez nous… Mais l’audience est reprise.

Dans ce dialogue saisi au vol, voilà bien des questions effleurées d’une touche indiscrète ou légère ! Voilà bien des affirmations qu’il importe pour nous de vérifier. Est-il vrai que le mode de nomination de notre juge criminel, que sa carrière antérieure le préparent mal à sa tâche redoutable, lui rendent difficile l’absolue impartialité ? Dans son cadre restreint en apparence, cette question se lie à tous les problèmes de l’organisation judiciaire, et nous touchons, en parvenant à elle, au point central de ces études. Des bancs du jury, où le lecteur a bien voulu nous suivre, nous avons déjà noté en passant quelques traits de la physionomie du juge ; aujourd’hui, approchant de la haute estrade où ce personnage est assis, nous allons l’étudier plus complètement, scruter son origine, définir sa fonction. D’où vient-il ? quel est-il ? et que devrait-il être ? II De tous temps, l’importance de la fonction du président a été reconnue. Les législateurs peuvent construire le code des assises ; lui chaque jour en façonne les mœurs. De son action personnelle permanente, dépend le succès ou l’inutilité de toute réforme. Nous n’hésitons pas à penser que, si l’institution du jury n’a pas porté jusqu’à ce jour les fruits qu’on en pouvait