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Makonnen. Le combat dura six heures. Après une résistance acharnée, les ailes italiennes, trop faibles en nombre, étaient débordées, tournées, et la résistance du centre rendue inutile. Le major Toselli dut battre en retraite. Il fut enveloppé de toutes parts. A ses côtés se tenaient presque tous les officiers et sous-officiers italiens avec une poignée de braves, épuisés. On échangeait des coups de fusil à dix pas, et la petite phalange diminuait d’instant en instant, semant les morts le long de la route. Bientôt le major Toselli tomba, et avec lui presque tous ses lieutenans. Trois cents fuyards à peine réussirent à rallier une colonne qui s’était portée au secours du détachement d’Amba-Alaghi, et quand le général Arimondi demanda au capitaine Bodrero qui accourait seul : « Où est votre bataillon ? — Il n’est plus, » put répondre l’officier échappé à la sanglante hécatombe.

La capitulation de Makallé, où l’on a vu une garnison italienne de 1 500 hommes laissés sans secours à la merci de l’ennemi, a suivi de six semaines le désastre d’Amba-Alaghi. Ménélik est entré à Adoua, à Axoum, et a battu le général Baratieri, qui a dû reculer jusqu’à la rivière Belessa et a perdu ainsi tout le fruit de la campagne de 1895. Le général Baldissera, envoyé d’Italie, a pris le commandement en chef du corps expéditionnaire porté par des renforts successifs à 65 000 hommes. Les troupes envoyées contre Ménélik auront été trois fois plus nombreuses que celles qui furent envoyées contre Johannès. C’est que l’armée éthiopienne est aujourd’hui autrement redoutable que celle qui obéissait à Johannès. En 1883, la plus grande partie de cette dernière était armée de fusils à piston, d’espingoles, de lances et de sabres ; on n’y voyait d’autres fusils modernes que quelques milliers de Remington enlevés par Johannès aux Egyptiens dans les combats de Gudda-Guddi et de Gura en 1875-1876, tandis qu’aujourd’hui l’armée de Ménélik posséderait des Martini-Henry donnés au négus par les Anglais, des fusils Gras et des Wetterli envoyés en cadeau au moment de l’entente « ménéliko-italienne ». D’après des correspondances italiennes venues d’Erythrée, Ménélik aurait mis en ligne, pendant la campagne de 1895, 65 000 fusils dont la plupart appartiennent aux meilleurs systèmes. Le négus possédait en outre une quarantaine de Hotchkiss de 56 millimètres.

L’armée italienne a en outre à compter avec les difficultés du pays. Celles-ci peuvent faire de la conquête de l’Ethiopie une entreprise des plus rudes. On a bien avancé que le royaume du négus était aux possessions italiennes de l’Erythrée ce qu’est la Kabylie aux possessions françaises d’Algérie, et que la soumission de l’Ethiopie ne présenterait pas d’autres difficultés que n’en