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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/415

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troupes d’infanterie, les derviches durent céder la place. Bon nombre d’entre eux, ne pouvant franchir le Mareb, dont les eaux avaient grossi, furent faits prisonniers ou se noyèrent dans la rivière.

Une forte garnison installée à Kassala, l’Italie voulut porter toute son attention sur les affaires éthiopiennes. Déjà, dès 1890, se trouvant trop à l’étroit dans les limites du triangle Massouah, Asmara et Kéren, elle avait cherché à s’étendre à l’ouest et au midi de cette ligne et porté sa frontière jusqu’au Mareb à la suite d’un accord conclu avec Mangascia, le vice-roi du Tigré. Mais cette extension ne fut pas encore suffisante pour l’appétit italien. Sous prétexte d’intrigues nouées par Mangascia avec les derviches, le général Baratieri franchit, au mois de décembre 1894, la rivière Mareb, entra à Adoua et conquit l’Agamé. Mangascia fut battu à Coatit, puis à Sénafé, et au courant de l'année 1895 des postes italiens furent installés à Adigrat, à Makallé et à Amba-Alaghi, à 400 kilomètres de Massaouah. Tout le Tigré fut soumis jusqu’à la frontière choane.

Tout paraissait sourire à l’Italie, et déjà, dans la péninsule, les esprits escomptaient la soumission entière de l’Ethiopie lorsque le désastre d’Amba-Alaghi est venu montrer ce qu’avaient de factice les conquêtes aventureuses du général Baratieri.

C’est que depuis longtemps, les relations du négus Ménélik avec le gouvernement italien avaient cessé d’être bonnes. De graves dissentimens avaient surgi entre les deux anciens alliés. En signant le traité d’Ucciali, Ménélik s’était laissé dicter certaines dispositions fort habilement imaginées du reste, qui pouvaient aliéner son indépendance vis-à-vis de l’Italie. Indépendamment de la cession d’une moitié du Tigré avec Asmara et Kéren, le traité d’Ucciali admettait l’ingérence du gouvernement italien dans les relations intérieures de l’Ethiopie. Débarrassé de l’hostilité de Mangascia et des autres ras, Ménélik ne tarda pas à se repentir de l’énormité des concessions qu’il avait faites plus ou moins consciemment. Néanmoins, quand le ras Makonnen et le comte Antonelli, de retour de leur mission en Italie, rentrèrent au Choa, il consentit à ratifier le traité déjà signé par le roi Humbert. Mais de nouvelles prétentions de la part des Italiens achevèrent de l’indisposer contre eux. Le comte Antonelli ayant voulu, comme représentant du roi d’Italie, ceindre la couronne à Ménélik, ce dernier refusa. Dès la fin de 1890, de graves divergences de vues surgirent entre les deux alliés. Elles portaient sur deux points du traité d’Ucciali : sur l’interprétation à donner de l’article 17 et sur la détermination de la nouvelle frontière italo-éthiopienne. « Le