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italienne, la compagnie Rubattino, cherchait sur le littoral de la Mer-Rouge un point qui pût servir de lieu de relâche et de ravitaillement à ses navires se rendant dans l’Océan-Indien. Le port d’Assab se trouva à sa convenance et fut acheté à la fin de 1869. L’établissement ne tarda pas à s’accroître à la suite de contrats passés avec des chefs indigènes, et peu à peu la compagnie devint propriétaire de tout le littoral de la baie d’Assab ainsi que des îles comprises dans les limites de cette baie. L’acquisition de la compagnie Rubattino passa d’abord à peu près inaperçue et ne fut pas considérée comme une colonie officielle. Les choses restèrent en l’état jusqu’au commencement de 1882. A cette époque, la France avait pris pied en Tunisie. Le ministère italien était accusé de n’avoir pas su montrer l’habileté ou l’énergie nécessaires pour empêcher cette occupation. Il fallait un dédommagement à l’opinion publique surexcitée. On se souvint alors fort à propos de l’acquisition faite par la compagnie Rubattino. La baie d’Assab fut rachetée le 10 mars 1882 par le gouvernement italien, qui en assuma l’administration directe. C’était un excellent poste d’observation qui lui permettait de surveiller de près le Choa et le midi de l’Ethiopie. Les événemens ne devaient pas tarder à lui fournir l’occasion de s’établir au nord de ce pays.

Vers le milieu de cette même année 1882, l’Angleterre songeait à établir un ordre de choses nouveau sur les bords du Nil. Les troupes anglaises, que la France laissa agir seules, furent victorieuses à Tell-el-Kébir et s’installèrent à Alexandrie et au Caire. Le cabinet anglais demanda alors à l’Italie tout récemment établie à Assab le concours que la France n’avait pas voulu lui donner. Tout d’abord, le gouvernement italien répondit par un gran rifiuto (grand refus). Cependant, morceau par morceau, l’empire fondé par Méhémet-Ali et ses successeurs dans le Soudan se détachait de l’Egypte. La puissance du mahdi grandissait. Seules, quelques places, étroitement surveillées d’ailleurs par les madhistes, représentaient encore l’autorité du khédive dans la vallée du Haut-Nil. Parmi elles, se trouvaient, avec Khartoum, les places de Géra, de Galabat et de Kassala aux extrêmes limites de la frontière du Soudan et de l’Ethiopie. Se sentant impuissante à arrêter la marée montante du mahdisme, l’Angleterre résolut d’évacuer la Nubie et le Soudan. Gordon fut envoyé à Khartoum, et l’amiral Hewett alla solliciter le négus Johannès de délivrer les garnisons de Géra, de Galabat et de Kassala. Pour prix de son concours il lui offrit, au nom de l’Egypte, Kéren et le pays des Bogos que convoitait le négus. Mais le roi Johannès, qui se montra