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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/299

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rétablissement du psychique comme facteur essentiel de toute science et, par extension, de toute existence. Non. Auguste Comte a banni la psychologie et le point de vue psychologique, pour ne laisser subsister que la biologie, science objective, et la sociologie, science encore objective à ses yeux. Qu’est-ce donc alors que sa fameuse synthèse subjective ? Une simple réorganisation des sciences par rapport à l’utilité humaine et sociale, une orientation utilitaire des connaissances en vue du bien collectif. En réalité, la conscience n’a pas de place dans ce système : tous les rapports des objets entre eux y sont plus ou moins fidèlement représentés, mais il y manque le rapport sans lequel tous les autres ne seraient pas conçus, ou même n’existeraient pas sous la forme de rapports, je veux dire la relation au sujet pensant. Or, au point de vue de la connaissance, tout objet ne suppose-t-il pas un sujet qui le pense selon sa propre nature ? « Point d’objet sans sujet », aimait à répéter Schopenhauer. Au point de vue de l’existence, n’est-ce pas le sujet seul qui saisit en lui-même l’existence réelle et concrète, sous forme de sensation, de pensée, de vouloir ? et n’est-ce pas là le seul type d’après lequel il peut se représenter toute autre existence ? Or, ces deux points de vue, le connaître et l’être, ne sont plus celui de la science positive, qui roule sur de simples rapports entre des objets, tels qu’ils apparaissent. Comment les choses peuvent-elles être connues ? comment existent-elles ? voilà les deux grands problèmes philosophiques. La science, en d’autres termes, poursuit la détermination des objets les uns par les autres, sans considération du sujet ; la philosophie poursuit la détermination des objets par le sujet sentant, pensant et voulant, qui les conditionne au point de vue de la connaissance et de l’existence.

Dans la philosophie générale, le signe de la vérité n’est plus simplement, comme dans les sciences, la relation logique et mécanique d’une partie à une partie, mais l’unité organique du tout. C’est la synthèse complète, idéal qu’on ne pourra jamais atteindre, mais dont on pourra toujours reconnaître qu’on approche de plus près. On le reconnaîtra à ce que l’unité sera de plus en plus parfaite, la diversité de plus en plus riche. L’unité la plus grande dans la plus grande variété, c’est-à-dire la conciliation, voilà le critérium. De toutes les philosophies, laquelle reste ? Aucune, répondait Schiller, mais la philosophie elle-même restera toujours. Elle aussi doit mourir pour revivre. Il n’y aura pas plus, a-t-on dit encore, de dernière philosophie que de dernier poète. Mais il n’en résulte pas que philosophie soit poésie. On a voulu parfois identifier la philosophie avec l’art, parce que son histoire,