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pas vous être ennuyée au Louvre et d’y être venue. Je vous combattrai au sujet de Fart quand je serai moins souffrant. Je ne lis plus saint Augustin. Il a fini par me sembler trop rhéteur. Adieu, madame, veuillez agréer l’expression de mes respectueux hommages.

PROSPER MERIMEE.


Samedi.

13 mai 1858.

Madame,

Voulez-vous m’inscrire sur votre liste pour vingt francs et me faire crédit jusqu’à ce que j’aie l’honneur de vous voir ? Je ne comprends pas trop l’œuvre dont vous me parlez, mais puisque vous vous en mêlez, ce ne peut être qu’une très bonne chose.

Je vous trouve un peu sévère pour Pouchkine, et je me réjouis fort que vous soyez indulgente pour moi. Je suis très touché que vous veuillez bien penser à moi dans vos prières : Angel in thy orisons remember me. Ce qui plaît à la malignité de ma nature, c’est que vous me regardez au fond comme un affreux païen et que vous voulez bien cependant prendre intérêt à mon âme. Veuillez croire, madame, que j’en suis bien reconnaissant et très fier. Occuper une petite place dans votre mémoire est un grand bonheur.

Agréez, madame, l’expression de tous mes respectueux hommages.

PROSPER MERIMEE.


Mardi matin.

Paris, 1er juin 1858.

Madame,

Où vous adresser cette lettre ? Vous ne me dites pas où vous êtes, si en Touraine, si en Brie ? Je reviens de Fontainebleau où j’ai passé quelques jours, je ne dirai pas à m’amuser, mais à m’agiter. Nous avons pris un cerf, dansé, joué des charades, etc. Nous n’avons vu ni le grand veneur, ni l’ombre de Monaldeschi. La reine m’a paru une très bonne personne, assez agréable de figure sans être noble d’aspect, sachant tout, parlant de tout, accomplie en tout, mais se croyant obligée d’avoir de la vivacité française parce qu’elle se trouvait en France. Vous devinez ce que c’est que la vivacité d’une Allemande qui veut être Française. J’ai fait les fonctions d’imprésario pour notre théâtre de