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Revues étrangères – Revues russes


Le caractère et l’œuvre de Nicolas Gogol. — Le poète Koltzof.

L’historien le plus autorisé de la littérature russe, M. Pypine, a commencé dans le Messager d’Europe une série d’essais sur les principaux écrivains de son pays : des essais à la fois biographiques et critiques, ou plus justement encore historiques, car M. Pypine s’y occupe surtout de l’évolution générale de la littérature russe, depuis les prédécesseurs de Pouchkine jusqu’à notre temps, et dans la vie et dans l’œuvre des grands écrivains qu’il étudie tour à tour rien ne l’intéresse autant que ce qu’ils ont apporté d’élémens nouveaux à cette évolution progressive.

C’est là, d’ailleurs, une méthode qui semble, depuis quelques années, s’être répandue dans l’Europe entière, transformant ou remplaçant, un peu partout, les anciens procédés de la critique et de l’histoire littéraire. Nous n’avons pas besoin de rappeler ici d’où le signal en est parti. Mais personne, je crois, ne l’avait appliquée avant M. Pypine à l’étude de la littérature russe du XIXe siècle ; et peut-être n’y a-t-il point de matière qui s’y prête davantage, ni où l’on en puisse attendre des résultats plus heureux.

On sait, en effet, combien fut vif et fécond le développement de cette littérature nationale, dont on peut dire que rien n’en existait encore aux environs de 1810. Mais il faut avoir lu les revues et les journaux russes de ces dernières années pour comprendre aussi combien il fut de courte durée, et le peu de traces qu’il a laissées dans l’œuvre des écrivains russes d’à présent. Seule la peinture hollandaise du XVIIe siècle nous offre le même spectacle d’un épanouissement rapide