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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/208

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sortira de son œuf, il deviendra un oiseau qui chantera, soignera ses petits et saura les défendre au péril de son existence.

Nous pouvons, au lieu de citer des animaux, citer l’homme lui-même, qui est de tous les problèmes le plus extraordinaire. Quel que doive être un jour son génie, un homme commence par être un vitellus microscopique, puis un blastoderme, puis un fœtus, ensuite il vient au monde ; sa sensibilité se manifeste, son activité augmente et plus tard brille une lueur d’intelligence qui grandit lentement. Il y a donc apparition de forces nouvelles, car il est difficile de prétendre que les ovules contenus dans les ovaires de la mère, ou les animalcules spermatiques du père avaient en eux un principe intellectuel. Un être qui pourra être un Raphaël, un saint Vincent de Paul, un Descartes, débute si simplement que tout d’abord il n’a pas les marques de l’humanité ; il n’a que des caractères propres au règne animal. Chacun constate cela. Pourquoi n’admettrait-on pas que ce qui se passe de nos jours se soit passé autrefois ? En quoi la difficulté d’établir la limite des phénomènes psychiques et matériels est-elle plus choquante s’il s’agit des temps passés que lorsqu’il s’agit du temps présent ? Schimper a dit très justement : Le commencement des phénomènes qui se passent journellement sous nos yeux est tout aussi obscur, aussi indéchiffrable que celui des grandes créatures passées.

La personnalité humaine, si manifeste chez les individus adultes, est confuse dans l’état embryonnaire. Parce qu’un être descend d’un autre, cela n’empêche pas que son intelligence devienne personnelle. Une femme a plusieurs enfans ; vous admettez que l’intelligence de chacun de ces enfans est distincte de celle de leur mère. Vous pouvez aussi bien admettre que l’intelligence des hommes est distincte de celle des animaux, alors même que vous découvrez entre eux d’étroits rapports qui vous font supposer une commune descendance. Il y a en chacun de nous, si nobles et si pures que soient nos aspirations, des tendances bestiales qui nous font rougir : c’est de l’atavisme. Il ne faut pas confondre dans la vie le point de départ et le point d’arrivée. Nous pouvons avoir un passé modeste ; cela n’empêche pas que nous ayons soif d’idéal, de concept, d’amour divin. Notre âme grandie entrevoit un magnifique avenir ; nous nous éloignons de plus en plus du monde matériel d’où notre corps est sorti pour nous élever vers l’infini.

J’arrive maintenant aux rapports du monde avec Dieu. Les êtres animés ne sauraient avoir eux-mêmes produit leurs forces vitales, car nul ne peut donner ce qu’il n’a pas. Quand nous