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premiers êtres, jusqu’à celui où ils éclairent la grande âme de l’homme.

Histoire des sentimens affectifs. — Suivant les impressions que nous recevons, des sentimens d’amour ou de haine se développent en nous. Les sensations vont du non-moi au moi ; les sentimens affectifs vont du moi au non-moi ; ils sont subjectifs, tandis que les sensations sont objectives. Ce qui se passe en nous se passe chez les animaux, mais avec une force d’autant moins grande que l’énergie du moi est plus faible.

Les sentimens affectifs sont de plusieurs sortes ; le plus répandu est l’amour sexuel.

L’amour sexuel a sans doute été peu développé dans le commencement des temps primaires, car il n’y avait que des invertébrés parmi lesquels beaucoup ne pouvaient avoir de relations les uns avec les autres. Au règne des invertébrés a succédé celui des poissons ; de nos jours, les poissons cartilagineux ont des rapports sexuels ; quelques poissons osseux en ont aussi. Cependant la plupart ne s’accouplent point ; quand les femelles abandonnent leurs œufs, les mâles qui les suivent versent leur laitance ; c’est au sein des eaux que se fait la fécondation. Sans doute, il en a été de même dans les anciens âges.

Après le règne des poissons primaires est venu celui des reptiles secondaires. Certains d’entre eux ont eu des rapports sexuels ; on a trouvé des petits dans le ventre des Ichthyosaurus. Mais si les reptiles d’autrefois étaient, comme ceux d’aujourd’hui, des animaux à sang froid, on peut croire qu’ils ont eu des amours moins ardentes que les oiseaux et les mammifères ; j’ai déjà rappelé que ceux-ci n’ont eu leur apogée qu’à partir des temps tertiaires.

Chez l’homme, l’amour sexuel s’est tellement ennobli que souvent l’union des âmes y joue un rôle égal à l’union des corps. Assurément l’homme, qui est une créature libre, peut abuser de l’amour comme de toutes choses ; pourtant il est certain que l’amour le détermine à faire une multitude d’actes de dévouement, et qu’ainsi il contribue à l’activité humaine ; au point de vue esthétique, on peut dire qu’il est le plus grand charmeur qui soit en ce monde.

L’amour maternel s’est développé tardivement sur notre globe. Pour nous rendre compte de ce qui s’est passé chez les êtres des premiers temps géologiques, nous devons considérer les invertébrés actuels. Quelques-uns ont certains soins de leurs œufs. Agassiz, dans ses admirables lectures sur l’embryogénie. prétend que l’étoile de mer, après avoir pondu ses œufs, les prend avec ses suçoirs, les attache contre elle et, que, si on les enlève,