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nombreux qu’ils ne l’ont été dans les temps primaires, ils forment une plus grande somme de particules odorantes. Les plantes aussi en fournissent davantage ; ce sont surtout les fleurs qui donnent des parfums ; or j’ai rappelé que les fleurs, inconnues pendant longtemps, n’ont eu qu’à partir de l’ère tertiaire leur épanouissement.

L’olfaction n’est pas nulle chez tous les invertébrés : lorsqu’on jette un poisson gâté sur un rivage, des crabes, des nasses et d’autres gastéropodes s’y réunissent ; place-t-on des gousses de fèves à deux mètres de distance des limaces, elles savent se détourner de leur route pour aller les dévorer. Cependant les invertébrés, n’ayant pas de narines, ne peuvent avoir le sens de l’odorat très développé, et, comme leur règne a précédé celui des vertébrés, nous sommes fondés à croire que, dans les temps anciens, l’olfaction avait peu de finesse.

Aussitôt que les vertébrés ont paru, ils ont eu des narines. On en observe chez les plus anciens poissons. En regardant des encéphales de poissons séparés de la tête, on serait porté à supposer que l’odorat est développé chez ces animaux, parce que leurs lobes olfactifs sont proportionnellement plus forts que dans les autres vertébrés ; pourtant, si on dissèque leurs narines, on reconnaît qu’au lieu d’être des conduits par lesquels passe une partie de l’air respirable, ce sont des culs-de-sac qui ne peuvent recevoir une grande quantité de principes odorans ; ainsi leur odorat est moindre que chez les vertébrés supérieurs dont les lobes olfactifs sont plus petits. Puisque à l’époque dévonienne il n’y avait encore que des poissons, nous devons penser que le sens de l’olfaction était peu avancé.

Les reptiles des temps passés diffèrent pour la position de leurs narines, ils s’accordent en ce sens que tous en sont pourvus : l’olfaction leur est nécessaire pour prendre leur nourriture avec discernement. Mais il n’y a pas de raisons de croire que le sens de l’odorat ait été plus perfectionné chez eux que dans les reptiles actuels. Sauvage dit : Les organes de l’odorat sont très peu développés chez les batraciens… chez la sirène et le protée les narines consistent en deux petits culs-de-sac creusés dans la lèvre ; elles ne livrent point passage à l’air. Les reptiles proprement dits ont les organes de l’odorat moins imparfaits que les batraciens, mais moins parfaits que les mammifères.

Les mammifères ont un nez, c’est-à-dire des cartilages qui soutiennent des muscles et forment des cavités tapissées d’une muqueuse capable de recevoir les moindres effluves. Pendant les temps tertiaires, le nez de plusieurs mammifères s’est allongé