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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/188

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plus inférieur du Canada, tous les trilobites ont eu des bourrelets oculaires bien développés, que ces bourrelets ont diminué dans le Cambrien moyen et encore davantage dans le Cambrion supérieur : voilà des mutations très inattendues. Si on en découvrait beaucoup de cette sorte, il faudrait représenter les progrès du monde animé non par des lignes droites, mais par des lignes flexueuses.

Suivant Barrande, l’œil est composé de 12 000 lentilles chez le trilobite du genre Asaphus, de 15 000 chez les Remopleurides, soit pour les deux yeux 30 000 lentilles, ayant sans doute chacune un cristallin et une branche de nerf optique ; on a là un exemple de répétition de parties semblables portée à l’extrême. Assurément nous sommes émerveillés d’une telle complication dans des créatures d’une si grande antiquité. Mais nous ne saurions eu conclure que l’organe de la vue eût atteint tout son perfectionnement dès les temps primaires, car sans doute les 30 000 ocelles de Remopleurides ne valaient pas les deux beaux yeux des mammifères actuels.

Quoique les organes de vision aient été déjà bien développés chez les crustacés primaires, ils n’ont eu tout leur perfectionnement que dans l’ère secondaire. Alors que nul naturaliste ne pensait à l’évolution des êtres des temps géologiques, M. Henri Milne Edwards a divisé les crustacés ordinaires en deux groupes suivant la disposition des yeux : il a appelé édriophthalmes ceux dont les yeux ne sont point portés sur un pédoncule mobile, et podophthalmes ceux qui ont les yeux portés sur un pédoncule, comme les homards et les crabes. Cette division coïncide avec l’histoire paléontologique des crustacés : les édriophtalmes ont régné dans le Primaire ; les podophtalmes ont eu des avant-coureurs dans le Primaire, mais c’est seulement à partir du Secondaire qu’ils ont pris de l’importance ; leurs yeux, portés sur des pédoncules qui tournent en tous sens, doivent leur donner une supériorité.

Dès leurs débuts, les quadrupèdes paraissent avoir eu des organes de vision bien développés. Les Archegosaurus du Primaire, les Ichthyosaurus du Secondaire ont dans leurs orbites un cercle de pièces osseuses qui, renforçant la sclérotique, servaient à comprimer l’œil plus ou moins, et par conséquent à varier la distance de la vision ; c’était un instrument d’optique très perfectionné. Les animaux marins n’étaient pas les seuls dont la sclérotique fût ossifiée ; les reptiles volans avaient une conformation semblable.

Quoique la vision ait été bien constituée chez les êtres des