Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/181

Cette page n’a pas encore été corrigée


réfléchis, l’activité précède les faits de sensibilité et surtout d’intelligence. Beaucoup d’êtres ont eu une grande somme d’activité, avant que leur intelligence ait été développée. Je crois donc devoir étudier d’abord l’histoire de l’activité.

A l’Exposition universelle du Champ-de-Mars, en 1889, il y avait à l’entrée de la galerie des Arts Libéraux une gigantesque statue représentant Bouddha, immobile dans l’anéantissement de lui-même : cette statue était d’un aspect étrange. Chez les peuples de l’Orient, avoir une vie passive, plongée dans la contemplation, paraît être le meilleur moyen de se rapprocher de la divinité. En Occident, au contraire, nous pensons que la divinité est l’activité infinie et que les créatures les plus élevées sont celles qui sont le plus actives.

D’après ce que nous commençons à apercevoir du théâtre de la vie dans le cours des temps géologiques, nous pouvons dire que nous voyons se dérouler des scènes d’abord tranquilles, occupées par des figurans, pour la plupart personnages muets, jouant un rôle plus passif qu’actif, puis des scènes de plus en plus animées où les acteurs déploient successivement toutes leurs facultés. La vie de relation s’y manifeste surtout par les fonctions de locomotion et de préhension ; je parlerai seulement ici des premières.

Les fonctions de locomotion ont pris plus d’importance à mesure que le monde a vieilli. J’ai dit que c’est une curieuse chose de constater combien d’êtres ont été emprisonnés pendant les époques primaires. On peut ajouter que c’est une curieuse chose de voir combien d’êtres ont été enchaînés. Lorsque je visitai le musée de Dudley, où se trouve un des ensembles les plus complets de la faune silurienne, je fus très frappé à la fois de l’élégance des créatures qui vivaient dans les anciens tiges et de l’état d’immobilité qu’elles révèlent : toutes ces charmantes captives donnent l’idée d’une nature peu animée.

Les polypes comptent parmi les fossiles les plus abondans des terrains primaires ; ils ont été attachés au sol sous-marin parleur base et quelquefois aussi par des racines. La plupart des échinodermes anciens et des brachiopodes ont également été fixés.

Les mollusques ont été très répandus dès les temps primaires. Plusieurs des bivalves ont été attachés ; les genres qui étaient libres avaient une locomotion bornée, si on en juge par la plupart de ceux qui existent aujourd’hui. Les gastéropodes se déplacent davantage ; cependant leur ventre, avec lequel ils rampent, n’est pas un instrument de locomotion comparable aux membres des articulés et des vertébrés.

Les Gomphoceras et les autres céphalopodes à ouverture