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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/157

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départemens français ; réfugié dans son ile de Sardaigne, il ne dut qu’à la protection des flottes anglaises de pouvoir y attendre plus ou moins patiemment le triomphe de la coalition et la destruction de la France impériale et révolutionnaire.

En incorporant ainsi à l’empire français des territoires situés dans la péninsule, Napoléon brisait de regrettable façon une sage ligne de politique italienne, devenue traditionnelle en France depuis deux siècles. Mais il faut dire à sa décharge que dans l’entraînement de la lutte implacable que lui livrait la vieille Europe, son établissement italien ne pouvait être qu’un établissement transitoire, conséquemment violent. Sa véritable pensée, il faut la voir dans le fait d’avoir groupé d’autres parties de la péninsule autour d’un centre politique auquel il donnait le nom de Royaume d’Italie, et non pas de royaume de telle ou telle partie de l’Italie. Il faut la voir aussi dans cet autre fait d’avoir investi son fils naissant de ce titre pompeux de roi de Rome, qui indiquait manifestement l’idée ultérieure de faire de la ville des empereurs et des papes la capitale d’un nouveau grand Etat péninsulaire, probablement unifié : s’il pouvait en avoir été autrement, ce grand titre donné à l’enfant impérial devenait un non-sens, car Rome alors n’était plus, elle aussi, que le chef-lieu d’un département français. Enfin c’est dans les dictées de Sainte-Hélène qu’il faut chercher la pensée finale de Napoléon relativement à l’Italie ; elle éclate lumineusement dans cette sentence prononcée par lui : « Les Italiens forment une seule nation ; ils ont uniformité de coutumes, de langue, de littérature, et tôt ou tard ce peuple sera réuni sous un seul gouvernement [1]. »

Un autre point, un point de détail, par lequel Napoléon, dans les mêmes dictées, s’éloigne de la tradition d’Henri IV, consiste dans les limites qu’il assigne à la France et à l’Italie du côté des Alpes maritimes. Il place Nice en Italie. Mais il convient de considérer que souverain tout à la fois des deux contrées, il devait traiter cette question spéciale de délimitation avec quelque indifférence. Il le devait d’autant plus qu’une frontière de ce côté ne peut être fixée qu’arbitrairement, à moins de suivre le régime des eaux, comme on dit en termes de topographie militaire, ce qui amènerait à prolonger la frontière française jusqu’à Gênes. Or il n’entrera jamais dans l’esprit de personne de vouloir faire de Gênes une ville française. Cela étant, l’on est bien obligé de s’en rapporter à l’opinion des militaires, lesquels s’accordent pour affirmer qu’en suivant la côte depuis Gênes jusqu’à Toulon, il n’y

  1. Voir les Commentaires de Napoléon. Traduction italienne. Edition de Bruxelles, 1827, t. Ier, p. 32.