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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/959

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le mouvement qu’il a imprimé à la science est de ceux qui ne s’arrêtent plus. Il l’a vu se continuer autour de lui, le suivant du regard, l’encourageant de ses conseils, heureux de ce que ses continuateurs savaient lui faire produire. L’avenir seul dira tout ce qu’en aura retiré l’humanité.

Francis Charmes.

les Tenailles, par M. Paul Hervied.

Nous n’avons pas à cacher, — et, aussi bien , quand nous le voudrions, nous ne le pourrions pas, — l’espèce de sympathie naguère encore mélangée, ou plutôt avivée d’un peu d’inquiétude, que nous avons de tout temps ressentie pour le talent original et « singulier » de M. Paul Hervieu. Nous en avons aimé la singularité même, si c’en est bien une que de n’avoir voulu se régler sur aucun modèle, d’avoir prétendu d’abord et uniquement être soi, de n’avoir fondé son succès que sur la sincérité, sur la probité, sur la personnalité de son observation ; et quand on attaquait l’auteur de VAi’maiure ou de Peints par eux-mêmes sur sa manière d’écrire, nous ne nous lassions pas de répéter le mot si vrai de Marivaux, nos lecteurs se le rappelleront, que, pour exprimer des choses un peu singulières, on a souvent besoin d’un style un peu singulier. C’est ce que la critique semble avoir fini par comprendre. Il y a des défauts qui n’en sont plus dès qu’ils sont, je ne dis pas la rançon ou l’envers, mais la condition de certaines qualités, — et tel est bien le cas de ceux que l’on reprenait chez M. Paul Hervieu. Si l’on a pu s’y tromper jadis, nous ne craignons plus que l’on s’y méprenne après le succès des Tenailles, et nous nous en réjouissons pour l’auteur, mais encore plus pour nous, et pour l’art. Ce n’est pas que nous acceptions la thèse des Tenailles, et, au contraire, nous la combattrions volontiers. « Ce qui fait, a-t-on dit, que la mort d’un criminel est une chose licite, c’est que la loi qui le punit a été faite en sa faveur. Un meurtrier, par exemple, a joui de la loi qui le condamne; elle lui a sauvé la vie à tous les instans; il ne peut donc réclamer contre elle. » Oserons-nous en dire autant de l’institution du mariage? Contrat ou sacrement, de quelque nom qu’on le nomme, le mariage n’a été inventé qu’en faveur de la femme, pour mettre sa faiblesse à l’abri de l’égoïsme, de l’inconstance, de la brutaUté naturelle de l’homme. Où le mariage n’existe pas, c’est là qu’en vérité, bien loin d’y pouvoir être eUe-même, la femme n’est qu’une esclave, une chose, un instrument de plaisir, l’odalisque du pacha, la bête de somme du nègre ; et, pour cette seule raison, toutes les facilités que l’on ouvre