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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/951

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d’ailleurs invraisemblable. Les Hovas avaient montré pendant toute la campagne l’impossibilité où ils étaient de nous résister. Notre supériorité les a découragés dès le premier moment. Ils se sont fiés à la maladie, aux rigueurs du climat, aux difficultés du terrain pour nous décimer tout le long de la route, sans rien faire eux-mêmes pour seconder la nature. Ils se sont constamment repliés devant nous après des simulacres de combat. On a pu craindre d’abord qu’il n’y eût là de leur part une manœuvre, et qu’ils ne voulussent sérieusement se défendre que sous les murs de Tananarive, c’est-à-dire au moment où nous aurions été le plus affaiblis ; mais une tactique de ce genre, parfois très redoutable, ne peut être suivie avec succès qu’avec des troupes extrêmement aguerries et douées d’un caractère moral inébranlable. Et tel n’était pas le cas de l’armée malgache. Elle fuyait partout devant la terreur de nos armes : dès lors, ce n’était pas la résistance du dernier moment qui était à redouter, et nous n’avions aucune inquiétude sur le sort de notre vaillante petite colonne ; mais on pouvait craindre que le gouvernement malgache ne prit la fuite comme l’avait fait son armée, et ne se réfugiât vers le sud. On sait qu’une dépêche d’origine anglaise, partie de Vatomandry et rédigée un peu trop vite d’après les récits de quelques fuyards, avait annoncé à l’Europe que les choses s’étaient passées de la sorte. La reine avait, disait-on, cherché un refuge chez les Betsiléos. Dans ce cas, notre déconvenue aurait été grande. Non seulement nous aurions rencontré des difficultés sérieuses pour l’hivernage de nos troupes, mais, dès que la saison des pluies aurait pris fin, nous aurions été obligés de recommencer la campagne dans des conditions qui restaient très confuses. Enfin, si nous n’avions trouvé personne avec qui traiter, notre situation politique aurait été des plus perplexes. Que faire ? Créer de toutes pièces un gouvernement nouveau, lui conférer notre investiture et nous servir de lui pour donner le change aux diverses populations de Madagascar ? Mais ces populations s’y seraient-elles trompées ? Auraient-elles accepté la substitution d’une reine à une autre ? Se seraient-eUes inclinées docilement et aveuglément devant une autorité qui n’aurait été que le reflet de la nôtre ? Rien n’est plus incertain. Il y aurait eu, pour le moins, un schisme politique, et, aussi longtemps que le gouvernement préexistant aurait tenu la campagne, tout porte à croire que son prestige serait resté supérieur à celui du gouvernement que nous aurions nous-mêmes institué. Il n’est d’ailleurs pas besoin de remonter bien haut dans nos souvenirs pour trouver une situation analogue à celle-là. Les expéditions coloniales en vue de l’établissement d’un protectorat se terminent de deux manières très différentes, et nous avons fait successivement l’expérience de l’une et de l’autre depuis une quinzaine d’années. Nous avons eu à Tunis le traité du