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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/943

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REVUE MUSICALE

Théâtre de I’Opéra-Comique : La Navarraise, épisode lyrique en 2 actes ; : poème de MM. J. Glaretie et H. Gain ; musique de M. J. Massenet.

Après l’Attaque du moulin ce fut la Vivandière. Hier c’était Guernica ; c’est aujourd’hui la Navarraise. L’Opéra-Comique ne représente plus que des pièces militaires. Ce théâtre est la proie d’une soldatesque effrénée.

Dans les montagnes de Navarre, carlistes et libéraux sont en guerre. Sous les ordres du général Garrido, les libéraux viennent d’enlever un village ; mais l’ennemi, commandé par le redoutable Zuccaraga, leur a vendu chèrement la victoire. Anita, la Navarraise, a suivi dans les combats un sergent des troupes libérales, Araquil, qu’elle aime et dont elle est aimée. Anita n’est qu’une pauvre fille errante, et, pour lui donner son fils, le père d’Araquil exige qu’elle apporte une dot de deux mille douros. — Elle l’apportera. Tout à l’heure elle a surpris un cri de colère, une imprécation du général, et la folle promesse d’une fortune à qui le déferait de son terrible adversaire. Aussitôt elle prend sa course. Et déjà la voici de retour. Elle a frappé, la Navarraise, et pour le chef assassiné par elle le glas sonne dans la vallée. Avec horreur Garrido lui jette le prix du sang. Mais le combat a repris ; on amène Araquil grièvement blessé. La cloche tinte toujours. « Pour qui ? » demande-t-il. On lui répond, et, voyant Anita livide, avec de l’or dans ses mains sanglantes, il comprend ; 0. la maudit, il meurt, et sur son cadavre elle tombe à son tour et perd la raison.

Qu’y avait-il en ce sujet pour séduire le moins sauvage de nos musiciens, et le plus délicieux ? Est-ce la terre d’Espagne, patrie d’un Cid qui ne fut pas le chef-d’œuvre de M. Massenet ; patrie d’un Don César de Bazan qui fut sa première œuvre, celle où chanta, comme disait Leconte de Lisle, l’oiseau de ses jeunes années ? Non ; dans la