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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/91

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Trois maîtres d’Italie


III. PERGOLÈSE [1]


Il faut peu de mois pour parler de lui, car sa vie et son œuvre sont brèves ; mais il faudrait des mots exquis, car c’est une exquise figure. Giocane e moribondo, dit l’inscription placée dans une salle attenant à l’église de Pouzzoles où il repose. Jeune et mourant, c’est bien ainsi qu’on le voit, qu’on le plaint et qu’on l’aime. Ses deux chefs-d’œuvre, égaux et divers, la Servante maîtresse et le Stabat Mater, ont le double prestige de la jeunesse et de la mort. Il ne fut pas comme Marcello un grand, un riche, un heureux, et sous le ciel de Naples jamais plus beaux vingt ans ne moururent de plus de tristesse et de plus de misère. Après Marcello, qui fut la force, Pergolèse est la grâce, la grâce furtive et passagère. Après le maître grandiose de la mélodie italienne, en voici le maître délicieux ; au pied de l’arbre et dans son ombre, la fleur charmante, hélas ! passée avant le soir. Si l’on sait peu de chose de lui, ne cherchons pas à en savoir davantage, Rêvons-le, si nous ne pouvons le connaître. Surtout ne mêlons rien d’abstrait ni d’aride à sa poétique mémoire. A ce génie simple, un peu frôle, épargnons tout ce qui pourrait lui peser et disons

  1. Voyez la Revue du 15 octobre 1894 et du 1er avril 1895.