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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/725

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d’éviter toute allusion à ce que l’œuvre accomplie avait eu quelquefois d’exigences fâcheuses et à ce qu’elle avait laissé de divisions. En un jour pareil, une fanfare purement patriotique aurait été tout à fait à sa place. M. Crispi ne l’a pas compris. Irrité sans doute des manifestations qui s’étaient déjà produites autour du Saint-Père, il a adressé au Vatican une admonestation sévère et menaçante, et dans quels termes ! A l’entendre, c’est pour son plus grand bien que le Pape a été privé du pouvoir temporel. Ce pouvoir était pour lui une gène, une diminution de sa liberté. Il y avait là un problème resté irrésolu à travers : les siècles et qui pesait sur la papauté : le génie italien l’a résolu par la loi des garanties. « La catholicité devrait être reconnaissante à l’Italie des services qu’elle a rendus au pontificat romain. Tout cela est notre œuvre : œuvre du parlement et du roi. Je dirai même, a-t-il ajouté, que ce fut l’accomplissement de la volonté du Très-Haut. Les audacieux qui, méconnaissant la loi éternelle^ s’opposent à la volonté de Dieu ne manquent pas, et nous devons reconnaître avec regret que ce sont ceux qui se disent ses ministres. Mais ils ne prévaudront pas, et peut-être deviendront-ils plus sages. Les ministres du culte savent qu’on ne les touchera pas tant qu’ils resteront dans les limites de leur droit. Ils savent qu’en prêchant la rébellion contre les lois leur œuvre ne profiterait qu’aux anarchistes, qui nient Dieu et le roi. Cette œuvre alors ne pourrait pas rester impunie. » On croirait entendre Bonaparte, devant la grande Pyramide, parlant aux imans et aux muphtis.

Il serait impossible de comprendre pourquoi M. Crispi, d’ailleurs à l’étonnement général, a cru devoir prononcer de semblables paroles, si sa situation et son intelhgence élevées ne lui avaient pas fait sentir par mille symptômes qui échappaient à d’autres, mais dont sa perspicacité était frappée, que cette fête, qu’on le voulût ou non, ne pouvait pas être celle de l’union : tout au plus était-elle celle de l’unité, et encore ? Nous ne voulons pas dire par là qu’elle n’ait pas été fort brillante. Elle a jeté pendant plusieurs jours de suite un très vif éclat. Le roi, la reine, le prince royal, ont été l’objet d’ovations enthousiastes et sans cesse renouvelées. Mais on a été un peu surpris de l’absence autour d’eux de quelques personnes de leur famille. Quoi qu’il en soit, leur popularité s’est manifestée de la manière la plus évidente. Les critiques, et elles ont été abondantes, ont porté sur leur gouvernement. On en a voulu à M. Crispi de n’avoir pas accordé amnistie pleine et entière aux condamnés politiques, dont le plus grand nombre ont été frappés par les tribunaux militaires à la suite des troubles de Sicile. Leurs peines ont été diminuées, elles n’ont pas été levées. M. Crispi a craint sans doute de paraître céder à l’opinion publique, qui, dans des élections répétées, a donné une écrasante majorité de suffrages à quelques-uns de ces malheureux. Nous ne sommes pas juge de la question de savoir si