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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/722

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testant, compte un très grand nombre de catholiques, organisés comme on le sait en parti puissant, et avec lequel il faut compter. Dans chaque pays, les catholiques ont leurs préoccupations dominantes. Chez nous, il ne semble pas que, depuis d’assez longues années, la situation temporelle du Saint-Père y occupe la première place : il n’en est pas tout à fait de même en Allemagne. L’irritation y aurait été extrêmement vive si le gouvernement avait pris une part quelconque aux fêtes de Rome, et il a bien fallu ménager cette susceptibilité

Avons-nous besoin de dire qu’en Autriche l’embarras a dû être encore plus grand. Si le gouvernement de l’Allemagne est protestant, celui de l’Autriche est catholique. L’empereur Guillaume aime à aller à Rome. Avant lui, son père, lorsqu’il était prince impérial, faisait aussi de fréquens voyages en Italie, et il a passé à San-Remo les derniers jours qui ont précédé sa fin. Il n’en est pas de même de l’empereur François-Joseph. Celui-ci a bien voulu oublier que l’Italie actuelle s’est faite en grande partie à ses propres dépens; mais il n’a pas oublié aussi aisément qu’elle s’est faite aux dépens du pape, et, plus encore par inclination de conscience que par raison politique, il n’a jamais remis les pieds dans la péninsule depuis 1870. Lorsqu’il vient dans le midi de la France, il a soin d’éviter le territoire italien. En 1881, le roi Humbert, accompagné de la reine Marguerite, est allé à Vienne, où il a été reçu officiellement, en très grande pompe. L’empereur François-Joseph ne faisait aucune difficulté à accueillir chez lui son allié, son ami ; mais lorsqu’il s’est agi pour lui de rendre la visite, la difficulté a commencé. Il l’aurait rendue volontiers, on le dit du moins, à Venise, à Milan, dans des provinces qui lui avaient autrefois appartenu à lui même et qui lui avaient été arrachées par le sort de la guerre; mais, à Rome, il n’y pouvait consentir. S’il avait renoncé pour son compte à la Vénétie et à la Lombardie, le pape n’avait pas renoncé à ses États. Il y avait là une situation devant laquelle on pouvait s’incliner, mais qu’on ne pouvait pas consacrer par une démonstration personnelle. Ce qui est sûr, c’est que, depuis quatorze ans, la visite faite à Vienne par le roi Humbert et la reine Marguerite ne leur a jamais été rendue, parce qu’il aurait fallu pour cela que François-Joseph allât à Rome. La politique a conseillé de part et d’autre de jeter un voile sur cette situation fausse; malheureusement, la fête du 20 septembre a quelque peu soulevé ou même déchiré ce voile. L’abstention de l’Autriche, abstention qui d’avance était certaine, a déterminé celle des autres puissances. Tous les ambassadeurs, sauf, l’ambassadeur d’Angleterre, ont fermé leurs fenêtres le 20 septembre et se sont gardés de les pavoiser. Nous ne pouvions pas faire plus que les autres, qui ne faisaient rien. La fête du 20 septembre a donc gardé un caractère tout italien : elle y a gagné en intimité, mais elle y a un peu perdu en rayonnement, La Triple-Alliance n’y a pas figuré.