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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/567

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PAPIN

ET LA

MACHINE A VAPEUR

Il y a plusieurs places pour les élus dans la maison de Dieu, et il y a plusieurs rangs dans la science, parmi les hommes dont les noms ont passé à la postérité. Les rangs dépendent à la fois de la grandeur des problèmes résolus, ou abordés ; de la force intellectuelle et inventive des auteurs ; enfin de l’importance des résultats pratiques, laquelle n’est pas nécessairement proportionnelle à la difficulté des problèmes. L’opinion, — c’est-à-dire le jugement que chacun se fait des découvertes, soit parmi les gens compétens, soit parmi le public, — joue aussi un rôle dans la distribution des réputations. Du vivant des hommes, et même plus tard, cette opinion dépend dans une certaine mesure de l’art avec lequel ils ont su cultiver leur gloire, grossir leurs propres travaux, en passant sous silence, ou en amoindrissant systématiquement ceux de leurs prédécesseurs et de leurs contemporains ; tandis que d’autres savans, tels que Papin, ignorent ces artifices. La gloire dépend encore, à toute époque, de ces données légendaires par lesquelles les Grecs excellaient à grandir leurs compatriotes, ainsi que de cette rivalité moderne des écoles scientifiques et des nationalités, cherchant à s’attribuer le principal honneur des progrès de la civilisation.

Ce sont là des élémens multiples, qui interviennent surtout quand il s’agit des génies de second ordre, tels que Papin. Chacun les pèse à sa propre balance et l’estime que l’on en fait varie avec les temps et les lieux.