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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/534

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LE MARÉCHAL BLGEAIJD

D’APRÈS UNE CORRESPONDANCE INÉDITE

Thomas-Robert Bugeaud de la Piconnerie, maréchal de France, duc d’Isly, le vainqueur d’Abd-el-Kader et le véritable conquérant de l’Algérie, compte à bon droit parmi les figures originales d’un siècle auquel les hommes originaux n’ont certes pas manqué. Etre en même temps un de nos meilleurs capitaines et l’un de nos premiers agriculteurs ; personnifier dans toute leur grandeur deux forces vitales de la France, le paysan et le soldat ; témoigner d’une égale supériorité dans l’art de détruire et de créer, montrer eu toutes choses un bon sens un peu rude sans doute, mais efficace, une volonté ardente, précise ; avoir la vision rapide et claire de la réalité, du but et des moyens d’y parvenir ; inspirer confiance par cette qualité indéfinissable, l’autorité, qui est aux hommes ce que la grâce est aux femmes, et se compose de force morale, de ténacité, d’éloquence, du prestige de la victoire ; demander peu de conseils aux livres et aux hommes, beaucoup à l’expérience, à l’observation directe ; tirer de son génie intérieur le projet d’une campagne, le plan d’une bataille, les argumens propres à ébranler la routine rurale, — personne, maintenant que la fumée des polémiques et des injures d’antan est dissipée, ne s’aviserait de contester à Bugeaud de tels mérites. Si l’on ajoute un caractère impétueux, passionné, droit et sensible ; une confiance entière dans la valeur de ses conceptions ; le besoin de penser tout haut, de dire leur fait à tous, amis et adversaires, journaux et colons, chambres et ministres, sans s’inquiéter de déplaire ou d’embarrasser ; un esprit vif, débordant de saillies qui attestaient d’ailleurs plus de verve que de bon goût ;