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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/479

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les moyens de publicité dont il dispose, le Times a su faire à son atlas ! Apportons-lui notre modeste concours : son atlas est parfait. Nous étions très inquiets de savoir ce que nous révélerait sa carte de l’Indo-Chine. A mesure que nous lisions les articles qui remplissaient ses longues colonnes, notre perplexité redoublait. Nous avons couru à la carte spéciale, et quelle n’a pas été notre surprise ! Elle nous donne raison sur tous les points. L’atlas du Times nous accorde toute la rive gauche du Mékong jusqu’à Xieng-Hung et au-dessus. Nous l’aurions fait nous-même, que nous ne l’aurions pas fait autrement. Désormais nous ne nous servirons jamais d’un autre : puisse le Times s’en servir aussi quelquefois. On le voit, la vérité finit toujours par percer. Lorsque ce n’est pas un des rédacteurs du Times, c’est un de ses géographes qui la laisse échapper. Ses géographes sont encore plus forts que ses rédacteurs : ils prévoient l’avenir. Avant peu, nous n’en doutons pas, géographes et rédacteurs seront du même avis.

Car cette question n’est pas de celles qui peuvent nous laisser longtemps en désaccord. Assez d’autres subsistent, qui seront sans doute plus difficiles à résoudre. Il en est aussi qui nous rapprochent, par exemple la question d’Arménie, au sujet de laquelle l’accord de l’Angleterre, de la France et de la Russie s’est formé dès le premier moment. Lord Salisbury a manifesté sa pleine confiance dans la loyauté de cette entente : il le pouvait d’autant mieux que l’intérêt des puissances chrétiennes est ici le même. A quelque confession religieuse qu’elles appartiennent, une solidarité plus ou moins étroite, mais très réelle, s’établit entre elles toutes, et, malgré leurs rivalités accidentelles, les réunit le plus souvent dans la poursuite d’un même but. Le cri de douleur et de désespoir qui s’est élevé de l’Arménie, à la suite des derniers événemens, a eu de l’écho dans toutes les nations occidentales, et si trois gouvernemens se sont trouvés particulièrement en situation de traduire ce sentiment et de le représenter avec autorité auprès de la Porte, on peut dire que tous les autres ont fait cause commune avec eux. Cette unanimité de l’Europe devrait amener un prince aussi éclairé que le sultan Abdul-Hamid à comprendre que son intérêt se confond avec celui de tous, et h accepter le programme de réformes qui lui a été soumis par les trois puissances. On ne s’explique guère les lenteurs qu’il met à y adhérer : elles ne sauraient se prolonger sans inconvéniens, et l’on a pu craindre, à plus d’une reprise, qu’elles n’amenassent des complications que la sagesse la plus élémentaire conseillerait de prévenir. Quoi qu’il en soit, l’Angleterre a raison de compter que notre concours ne lui fera pas défaut dans une question qui ne laisse aucun des chrétiens d’Orient indifférent. Dans les questions de ce genre, la France a l’habitude de se placer au premier rang.