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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/417

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Il est temps de dire que notre village s’appelle Mangalam (Village florissant) et que le chef de caste répond au nom un peu développé de Mouttousamymodéliar, ce qui signifie Monsieur Perle, de la caste des modéliars, la plus honorée peut-être des subdivisions de la caste agricole par excellence, celle des Vellajas. Mouttousamy, — il est permis d’abréger, — juge les auteurs de petits délits, prononce des amendes, inflige la prison pour quelques heures, commet le taliari, garde champêtre, à la garde des délinquans s’il s’agit de notables, et fait mettre au carcan les pariahs et autres gens de peu. C’est lui qui est chargé d’informer les autorités des vols importuns et des crimes, s’il s’en commet, ainsi que des accidens. Les impôts sont payés entre ses mains ; il relève la quantité d’eau tombée dans le village, jour par jour. Hélas ! il pleut bien rarement dans le sud ! Il inscrit les naissances, les mariages et les décès. Les fonctionnaires et les étrangers de passage sont reçus par lui ; il les conduit au bengalow des voyageurs, une petite maison toujours ouverte, qui appartient à la communauté et sert d’hôtellerie, et il s’emploie à leur procurer des vivres frais, des œufs, des poulets, etc.

Mangalam est situé tout près de Chidambaram (Ciel de Sagesse) où se trouve une des plus anciennes et des plus fameuses pagodes de Çiva, un lieu de pèlerinage très fréquenté des religieux mendians. Mouttousamy est pieux. Les pèlerins s’arrêtent devant sa porte ; non seulement il emplit de riz le vase de cuivre, la pannelle, qu’ils lui tendent avec une prière, mais il aime à partager son repas avec eux. Il préside aux cérémonies religieuses, aux l’êtes de famille, à celles qui se donnent pour célébrer la nubilité des filles comme aux mariages. Ainsi s’exerce paternellement sa magistrature bienveillante qui lui vaut le respect, et l’affection de tous. Homme avisé et de bon conseil, il sait être un ami dans le besoin, un guide expérimenté en affaires, et se plaît à partager les joies et les tristesses de ceux qui l’entourent.

Le personnage le plus important du village, après Mouttousamy, c’est Ramasamypoullé, Monsieur Rama, — Rama, le demi-dieu, le guerrier célèbre, le héros si pur du Ramayana, — de la caste poullé. Ramasamy est le cournam, l’employé du village. Il tient à jour le paymache, le cadastre de Mangalam, où les biens et le revenu de chacun sont gravés sur des feuilles de cocotier découpées, des olles. Il est aussi écrivain public, rédige les lettres et les pétitions, les actes sous seing privé, fuit les comptes. Il est l’homme d’affaires, entendu et rusé, de tout le monde, et jouit de plus d’influence que d’estime. Un proverbe tumoul dit ceci : « Confie-loi, si tu veux au petit d’une corneille, mais n’ajoute pas foi aux paroles du fils