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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/407

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troubler, à la veille de la plus grande révolution religieuse des temps modernes, la quiétude de la noble compagnie [1].

C’était sans doute un honneur coûteux que de donner, plusieurs jours durant, l’hospitalité au pape et à sa suite ; mais on pouvait s’endetter sans crainte pour plaire à un prince comme Léon X. Le Médicis répondit aux attentions dont il avait été l’objet par des grâces efficaces qui se traduisirent en riches bénéfices et en concessions utiles. Or, en dépit des accusations d’avarice portées contre lui par ses ennemis, le futur Paul III n’était pas homme à thésauriser. A mesure que ses revenus augmentaient, il trouvait de nouveaux sujets de dépenses. C’est ainsi qu’il attira San Gallo dans les domaines qu’il possédait aux environs du lac de Bolsena et le chargea de lui élever tour à tour un magnifique château à Gradoli et la forteresse de Capodimonte. En véritable Italien de la Renaissance, Antonio s’acquitta heureusement de cette double tâche, se montrant aussi savant ingénieur qu’il était habile architecte.

Les travaux du palais de Rome n’en continuaient pas moins. Il semble que le pape ait voulu engager le propriétaire à leur donner une vive impulsion, car le o mars lolo, il autorise Farnèse à extraire de vignes voisines du monastère de Saint-Laurent hors-les-Murs les pierres, colonnes, chapiteaux et autres ornemens qui peuvent lui être utiles. Ces Mécènes, qui professaient un véritable culte pour l’antiquité ne pouvaient soupçonner qu’un jour viendrait où l’on jugerait sévèrement les libertés qu’ils prenaient avec les monumens antiques. L’éducation qu’ils avaient reçue ne les portait pas à rêver devant une ruine, et les beautés de l’archéologie moderne n’auraient que médiocrement captivé ces natures énergiques. Il paraissait tout naturel à un Médicis d’utiliser les débris d’un édifice antique pour décorer un palais moderne, et si les marbres de San-Lorenzo trouvèrent place dans la demeure de Farnèse, il n’y eut sans doute à Rome personne pour crier à la profanation.

Cependant, soit que la place ; manquât pour l’exécution du plan arrêté entre le cardinal et son architecte, soit qu’ils voulussent ajouter à la majesté de l’édifice en l’isolant, on vit Farnèse procéder systématiquement à l’achat des immeubles qui confinaient au sien. La première de ces acquisitions remonte au 17 mai 1517. Elle concerne la propriété de donna Laura Orsini, fille de Giulia Farnèse, mariée, comme nous l’avons vu

  1. Voyez à ce sujet les curieux articles publiés dans la. Nuova Antologia des 1er et le février 1893 sous ce titre : le Caccie di Leone X, par Domenico Gnoli, le savant préfet de la bibliothèque Victor-Emmanuel, à Rome.