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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/403

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cour de gentilshommes et de prélats, de poètes et d’artistes. Aussi le palais du cardinal Ferriz devait lui paraître bien vieux et bien morose, peut-être même commençait-il à devenir bien étroit. D’une liaison irrégulière qu’autorisaient les habitudes relâchées du siècle, Farnèse avait eu, avant de recevoir les ordres majeurs (il ne fut ordonné prêtre qu’en 1519), plusieurs fils et une fille. L’aîné de ces fils, Pier-Luigi, devait être le fondateur d’une dynastie souveraine qui régna près de deux siècles sur les duchés de Parme et de Plaisance, et dont la dernière héritière, Elisabeth Farnèse, monta sur le trône d’Espagne comme seconde femme de Philippe V, le petit-fils de Louis XIV.

Rien n’est, en conséquence, moins surprenant que de voir Francesco Albertini citer dans son livre de Mirabilibus novæ urbis Romæ, écrit en 1509, parmi les demeures cardinalices « le palais Farnèse agrandi et embelli par le révérendissime Alexandre Farnèse du titre de San-Eustachio. » De quels agrandissemens, de quels embellissemens est-il question ? Est-ce le prélude des transformations grandioses qui devaient un jour avoir lieu ? Dans sa brièveté, la notice d’Albertini semble faire allusion à des travaux achevés plutôt qu’à une restauration générale en voie d’exécution. Lui-même fait d’ailleurs, au cours de son traité, une longue énumération de palais qui portaient la trace de réparations récentes. La fièvre de bâtir avait été communiquée par le pape à son entourage. Rares étaient les grands seigneurs qui échappaient à la contagion d’un exemple venu de si haut. Le titre même d’Albertini n’est-il pas instructif au premier chef ? C’est bien une nouvelle Rome que voyaient surgir les contemporains de Jules II. Farnèse n’était que trop enclin à se laisser emporter par le courant. Les travaux qu’il entreprit avant 1510 ne semblent pas, toutefois, se distinguer de ceux dont tant d’autres palais secondaires étaient alors l’objet. Le livre d’Albertini autorise, du moins, à le penser.


III

Au nombre des disciples de Bramante, ou plutôt des artistes de toutes conditions qui travaillaient sous ses ordres, se trouvait un jeune Florentin qui avait su plus particulièrement capter sa bienveillance. Son nom était Antonio Cordiani. Par sa mère, il était neveu des célèbres architectes Antonio et Giuliano da San Gallo. Cette parenté décida sans doute de sa vocation. Il vint à Rome, fut bien accueilli par ses oncles et adopta leur nom, suivant l’usage du temps. Le studio de maître Donato rappelait par