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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/384

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VI

Les compagnies par actions ont du reste des dangers plus pressans à conjurer. La lutte très ardente à laquelle elles se livraient les unes vis-à-vis des autres s’est étendue. Les sociétés mutuelles sont entrées en scène. A côté des dix-sept compagnies « à entreprise », qui exploitent l’assurance comme une industrie au profit de leurs actionnaires, la vieille Mutuelle normande contre l’incendie, doyenne de toutes les sociétés françaises en cette branche puisqu’elle remonte à 1817, a fondé en 1881 à côté d’elle, au bénéfice exclusif des assurés, la Mutuelle-Vie de Rouen, qui rayonne sur toute la France. Il est vraisemblable que la naissance de cette dernière ne fut pas vue de fort bon œil par ses aînées. Elle ne mit pas moins de deux ans à obtenir l’autorisation du Conseil d’Etat, qui lui interdit formellement l’application de tarifs plus avantageux aux assurés que ceux des compagnies existantes, multiplia pour elle les lisières, et lui imposa même la surveillance d’un inspecteur du gouvernement, chef de bureau au ministère du Commerce, qui assiste aux séances du conseil d’administration.

Si l’on examine en bloc la situation de nos dix-sept compagnies par actions, on remarque que le capital versé pour elles toutes monte à 50 millions de francs, ayant, produit en 1894 un dividende global d’un peu plus de 9 millions. Mais ce revenu moyen de 18 pour 100 est très diversement réparti. Tous ceux qui ont placé leur argent dans les assurances sont loin d’avoir fait une belle spéculation : sur les dix-sept compagnies, il en est six dont la fondation remonte à une quinzaine d’années et dont les actionnaires, pour un débours de 21 millions de francs, ne touchent pas un centime. Sept autres rémunèrent un capital encaissé de 25 millions par une distribution de 1 200 000 francs de revenus. Enfin les quatre plus anciennes, — Générale, Nationale, Phénix et Union, — récompensent par un intérêt annuel d’environ 8 millions, le versement effectif d’une somme inférieure à 4 millions.

Ce versement originaire a naturellement acquis une valeur correspondante aux fruits qu’il a portés. Il représente au cours d’aujourd’hui près de 270 millions ; parce que de 1 000 ou 1 500 francs, prix d’émission, l’action est montée à 10 000, 30 000 et 70 000 francs. Cette estimation, qui résulte de transactions journalières entre particuliers, n’a rien d’excessif. La Générale, par exemple, si elle vendait demain les immeubles et les valeurs mobilières qui lui appartiennent, en repassant à une autre compagnie ses engagemens et les réserves nécessaires pour y faire face, dont