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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/368

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deux fois moins d’assurés qu’en Allemagne, Suisse, Danemark ou Norvège, trois fois moins qu’on Autriche, en Belgique ou en Hollande.

Avec l’Angleterre aucune comparaison n’est possible : les rentes viagères y sont peu usitées ; toutes les compagnies ensemble n’ont pas de ce chef plus de 23 000 cliens, auxquels est due une annuité totale de 26 millions, tandis qu’en France les sociétés privées, jointes à la Caisse nationale, servent 85 millions de francs à 230 000 rentiers. Mais pour les assurances de capitaux, sous leurs formes multiples, notre pays, sur 1 000 habitans, ne possède que 7 assurés ; la Grande-Bretagne en compte 360, plus du tiers de la population : 14 millions et demi d’individus. Deux-sortes de compagnies y fonctionnent : ordinaires ou industrielles. Les premières ont 1 200 000 cliens, auxquels elles garantissent 13 milliards. Les secondes ont quatre fois moins de capitaux et onze fois plus de cliens : 13 200 000 assurés pour 3 milliards 200 millions. Le capital moyen des premiers est de 10 500 francs, celui des seconds de 235 francs. La valeur est bien minime encore, le résultat moral est immense. En six ans, de 1887 à 1893, le nombre des petits assurés a passé de 9 à 13 millions dûmes. Que le mouvement continue, et dans moins de vingt ans les liens d’une prévoyance mutuelle uniront, au-delà du détroit, la presque totalité des citoyens. L’Angleterre aura su réaliser par le jeu spontané de la liberté ce que l’Allemagne et l’Autriche cherchent à obtenir péniblement par la main de l’Etat : l’assurance universelle ; le régime où tout travailleur, dès les premiers jours de la jeunesse, jouira de ce luxe inaccessible à ses pères, la certitude du lendemain ; où l’ouvrier ne luttera plus dans la condition du sauvage primitif, dépendant de sa chasse et de sa pêche quotidiennes, victime du besoin le jour où elles ne lui fournissent pas d’alimens.

Jamais nos contemporains ne se pénétreront assez de cette vérité mathématique : qu’avec tout le superflu du riche, si exactement rogné qu’on le suppose, il n’y a pas de quoi constituer le nécessaire, à plus forte raison l’aisance du pauvre. C’est la grande vertu de l’assurance de chercher le supplément de bien-être, auquel chacun a le droit de tendre, non dans le dépouillement chimérique de quelques-uns, mais dans l’aménagement plus fécond, dans la trituration plus savante des ressources générales. Le succès en Angleterre des « compagnies industrielles », nom donné à celles qui s’occupent exclusivement des petits capitaux, est venu de ce qu’elles ont imaginé l’assurance à primes hebdomadaires de 10 centimes. Ce mode d’encaissement, le détail infini d’un mécanisme aussi émietté engendre de terribles frais généraux, presque