Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/358

Cette page n’a pas encore été corrigée


Le mécanisme de la vie moderne


VI. LES ASSURANCES SUR LA VIE [1]


Il y a quelque cent ans, on était « humain », et volontiers « sensible » ; et, à la vérité, l’égoïsme n’y perdait rien, mais on s’honorait de pleurer sur les maux de ses semblables, comme d’une preuve de « philosophie ». De nos jours, cuirassé d’individualisme, chacun a conscience de l’isolement où se meuvent, quoi qu’elles pensent, disent ou fassent, les pauvres créatures que nous sommes. Et cependant, ni le sentiment de cette solitude des âmes, pareilles à peu près les unes aux autres quoique indéfiniment différentes, si douloureusement ressentie par les meilleurs d’entre nous ; ni le pessimisme de notre philosophie ; ni la violence des divisions politiques ou sociales n’empêchent notre XIXe siècle, auquel on voudrait persuader qu’il est plus égoïste que ses aînés, d’avoir vu naître et grandir une forme du dévoûment filial, plus complète qu’aucune de celles que l’on avait jusqu’à lui pratiquées.

Il faut en effet plus d’abnégation pour constituer à vos héritiers, par le paiement d’une prime annuelle, une fortune dont,

  1. Voyez la Revue des 15 juillet et 1er octobre 1894, 1er janvier, 15 mars et 15 juin 1895.