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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/322

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Après la victoire même, les libéraux osèrent la regretter, et le rapporteur du projet de loi sur les crédits supplémentaires de 1830 disait à la tribune, dans la séance du 6 novembre : « L’expédition d’Alger n’a pas été faite avec l’assentiment de la France ; elle a été conçue parmi ministre qui spéculait sans doute sur sa réussite pour l’accomplissement de desseins coupables. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il en a arrêté le plan peu après être arrivé au pouvoir. N’y avait-il pas de moyens plus convenables de rétablir la paix avec le dey d’Alger, et de lui faire respecter le pavillon français ? C’est ce que votre commission pense ; mais une négociation conduite avec franchise et sur des principes de justice qui auraient remonté aux premières difficultés avec la Régence ne remplissait pas le but de l’ancien gouvernement, il lui fallait un déploiement de forces considérables et de grandes dépenses à faire sous le prétexte de venger l’honneur français. » Des négociations, point de conquête ! Si par malheur la Restauration eut agi ainsi et ne se fût pas hâtée, avant d’expirer, de conquérir. — en dépit de l’opposition libérale, — Alger à la France, cette admirable colonie serait probablement aujourd’hui une colonie anglaise.

Alger ainsi traité, que pouvait-on espérer en faveur de Madagascar ? A peine installé dans ses bureaux, le nouveau ministre, par une décision du 16 juillet 1830, ordonna que toute demande de crédit fut ajournée, et dans la séance du 15 novembre il expliquait à la Chambre sa résolution : « Un armement extraordinaire existait à Madagascar, il a occasionné une dépense de 500 000 francs, et ce n’est même pas là tout ce qu’a coûté cette expédition, car près d’un million a été dépensé par la colonie de Bourbon pour un établissement impossible et impolitique. Aujourd’hui les fâcheux résultats de cette tentative sont appréciés et nous avons pris toutes les mesures nécessaires pour arriver à une prompte pacification… Nous nous sommes hâtés, en arrivant au ministère, de donner tous les ordres, de prendre toutes les mesures propres à faire cesser l’effusion du sang et à arrêter le cours de nos sacrifices. » Toutes les mesures avaient été prises en effet, le ministre ne se vantait pas en en donnant l’assurance à la Chambre. Par ses ordres un détachement de 127 hommes, du 16e léger, prêt à partir pour Madagascar avait été débarqué, et le Conseil d’amirauté, assemblé sous sa présidence, le 6 octobre 1830, avait prudemment déclaré qu’il était indispensable de cesser au plus tôt une entreprise qui pouvait déplaire aux Anglais : « Sous le point de vue politique, disait le procès-verbal de la séance, l’expédition pourrait donner lieu à quelques difficultés, en ce sens qu’elle a eu pour but de donner aux établissemens français