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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/309

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La position de Tintingue n’offre malheureusement pas toutes les conditions désirables pour la salubrité : une ceinture de hautes montagnes depuis le nord-est jusqu’au-delà de l’ouest, la forme qu’elles affectent, font de sa baie une espèce d’entonnoir où les pluies seront, je crois, fréquentes, où la chaleur sera vivement sentie. Des marais existent indubitablement sur tous les points les plus déclives de cette enceinte importante. Le temps nous manque pour en avoir la certitude, mais je le dis, la chose est des plus probables, et si l’habitation des côtes de Madagascar a jusqu’à présent paru des plus contraires à la population blanche appelée par des motifs commerciaux ou autres à résider en ces parages, la cause première doit en être attribuée à l’existence des marais et aux exhalaisons méphitiques qu’ils répandent dans le voisinage.

Une circonstance qui vient heureusement modifier les dispositions précédentes est la position de la presqu’île, lieu désigné pour l’occupation. Son éloignement assez considérable des montagnes et surtout la prédominance des brises du large fait espérer, qu’avec quelques précautions, il sera possible d’écarter les causes délétères ou au moins de les affaiblir. En ce but, je propose de conserver un rideau d’arbres sur toute la rive nord-ouest de la presqu’île. Depuis le fort jusqu’à la pointe sud-ouest on pourrait lui donner une largeur de 2 toiles. Tous les arbres à haute tige doivent être conservés, leur ombrage servira beaucoup à tempérer l’ardeur du soleil. Un abatis général devra être pratiqué à l’isthme : ce point, correspondant à renfoncement de la baie, doit fournir un passage libre à la brise de mer qui modifiera puissamment les émanations fétides. Cet abatis fournira encore un autre avantage : quand la brise de terre souffle et vient, chargée d’effluves de miasmes, empoisonner pour ainsi dire les habitans de la presqu’île, elle trouvera, de droite et de gauche du rideau, un libre passage ; son effet malfaisant sera dès lors, sinon tout à fait écarté, du moins bien atténué [1].

C’était malheureusement se faire de cruelles illusions, et supposer à ces « effluves de miasmes » une bien singulière docilité, que de croire qu’épargnant dans leur course meurtrière les malheureux habitans de la presqu’île, ils allaient complaisamment suivre « de droite et de gauche » le chemin qu’une main prudente leur aurait tracé. Mais le commandant de l’expédition, sans se dissimuler ce que les précautions indiquées avaient d’aléatoire, passant, dans son impatience d’opérer l’établissement projeté, par-dessus toutes les objections, donna l’ordre de commencer les travaux. Par la dépêche suivante, du 20 août 1829, il rendait compte au ministre de sa résolution :

Les premiers jours qui ont suivi mon arrivée dans le port de Tintingue ont été consacrés à une exploration déjà commencée par le capitaine et les officiers de la Chevrette et par l’officier directeur de l’artillerie et du génie dans l’expédition, M. Gailly. Le premier examen des lieux m’a décidé à occuper immédiatement et, dès le 2 de ce mois, j’ai fait commencer les travaux. La possession de Tintingue dans des mers où nous ne trouvons aujourd’hui aucun refuge pour nos vaisseaux offre des avantages qui n’ont point échappé à Votre Excellence ; à côté de ces avantages toutefois se trouvent des

  1. Rapport annexé à la dépêche du commandant Gourbeyre du 20 août 1829 (Archives coloniales).