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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/299

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Mackau, capitaine de frégate, commandant la flûte le Golo, fut chargé en 1818 de cette exploration. Du rapport qu’il fit au ministre de la marine au retour de l’expédition, il résultait que les deux points qu’il considérait comme offrant à la marine les meilleurs mouillages étaient, sur la côte orientale Fort-Dauphin, l’ancien poste français créé sous Louis XIV, depuis longtemps en ruines ; sur la même côte, mais beaucoup plus au nord, la rade de Tintingue, située en face et à peu de distance de la petite île de Sainte-Marie.

Avant de rien décider, le baron Portal, ministre de la marine, crut devoir prendre l’avis d’une commission spéciale, composée d’officiers de marine et d’habitans de l’île Bourbon qui se trouvaient de passage à Paris. Les avis furent très divers ; sur un point cependant tous parurent converger : c’est qu’il n’existait sur toute la côte orientale qu’une seule rade où les vaisseaux pussent entrer et séjourner sans péril, celle de Tintingue, signalée par le commandant de Mackau. La rade de Tintingue devint donc l’objectif du ministre, et, comme il était nécessaire avant tout de s’assurer un port commode et sûr, c’est ce point qu’il résolut de faire occuper tout d’abord, ainsi que l’île de Sainte-Marie.

Mais il avait, dans les Chambres, à compter avec cette implacable opposition, bien déterminée à combattre tout projet du gouvernement, quel qu’il fût ; et quand le baron Portai voulut exposer ses plans pour les premiers établissemens dans la grande île, quand il osa, pour cela, demander aux Chambres un modeste crédit de 420 000 francs pour 1820 et de 93 000 francs pour 1821 et 1822, il se trouva, malgré la modicité de ces demandes, en butte non seulement aux attaques les plus vives de la gauche, mais encore à ses plus caustiques sarcasmes : « J’avais prié M. le commissaire du roi, disait en 1822 le 3 avril, un des membres les plus bruyans de la gauche, M. Labbey de Pompierres, j’avais prié M. le commissaire du roi de nous donner des renseignemens sur la somme qui nous est demandée pour Madagascar : ces renseignemens n’ont pas été donnés. On demande cette année 93 000 francs sans dire pourquoi. On en a demandé autant l’année dernière. L’année précédente on avait demandé 420 000 francs. Il y a dans une telle variation quelque chose de bizarre qui mériterait, ce me semble, une explication. Dans la somme de 93 000 francs est comprise une somme de 35 000 francs pour fournitures de vin aux agens du gouvernement. Or il n’y a à Madagascar que trois ou quatre agens, et assurément avec une pareille somme c’est du meilleur vin qu’ils peuvent boire ! »

Tandis qu’en France les députés de l’opposition disputaient au gouvernement quelques maigres subsides pour commencer un